Pourquoi il faut lire Charles Gave

de Yves de KERDEL, FIGARO du mardi 8 septembre 2009, Page 17

« C’est ce que rappelle avec beaucoup de talent, de précision et de pédagogie, l’économiste français Charles Gave dans un ouvrage exemplaire dont le titre est Libéral mais non coupable. Charles Gave a les qualités d’un honnête homme, comme on pouvait en croiser au siècle des Lumières. Il fait partie de cette génération qui a accumulé une profonde culture littéraire, historique et bien sûr économique. Il sait rendre l’économie accessible à tout un chacun. Surtout, vivant en grande partie à il sait rester éloigné des modes de la pensée économique. Et notamment de cette idée assénée un peu partout, selon laquelle le grand retour des États dans l’économie serait un bienfait pour l’humanité.
Charles Gave prend donc le temps de rappeler que toutes les activités financières sur lesquelles les États n’avaient pas le contrôle n’ont en rien affecté l’évolution des marchés financiers. Les hedge funds, transformés en boucs émissaires parce qu’ils ont élu domicile à Jersey ou aux îles Caïman pour des raisons fiscales, n’ont rien à voir avec la crise financière. Les traders, dont les bonus pourraient être liquidés lors du G20 à Pittsburgh, n’ont été que des spectateurs incrédules de ce tsunami financier, mais en rien l’étincelle qui a produit l’explosion. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Administration Obama peine à se rallier à la position européenne sur ce sujet.
Quant aux banques, si certaines d’entre elles ont failli, c’est parce que les États les avaient délibérément encouragées à utiliser les fonds des déposants pour jouer sur le tapis vert des Bourses mondiales. C’est le démocrate keynésien Larry Summers qui avait poussé Bill Clinton à abolir le fameux Glass-Steagall Act mis au point par Roosevelt après la crise de 1929. Ce qui a conduit, comme le dit Charles Gave, à la fusion « des bureaux de Poste et des casinos » . Rappelons que Larry Summers est aujourd’hui l’un des principaux conseillers de Barack Obama.
Après avoir rappelé tous ces faits, et bien d’autres, qui accablent les États, leurs politiques monétaires, leurs comportements mercantilistes et leur mauvaise compréhension de la mondialisation – autant d’éléments qui ont été, eux, réellement déterminants dans l’explosion de la bulle financière – Charles Gave montre bien que ce qui doit être refondé, ce n’est pas le capitalisme, mais au contraire le rôle des États dans nos économies. Il est passionnant lorsqu’il rappelle, à juste titre, les effets liés à la démographie dans la croissance économique. Il est terrifiant lorsqu’il décrit la bombe à retardement que constitue le système des retraites dans nos pays européens. Il est réconfortant lorsqu’il explique à quel point cette crise va nous obliger à entrer encore plus vite dans l’économie de la connaissance, reprenant en cela les idées chères à Alvin Toffler. Autant
dire que cet ouvrage fait souffler un vent d’air frais particulièrement agréable, à l’occasion de cette rentrée. La question n’est pas de savoir si le libéralisme existe encore en tant qu’idéologie politique. Le travailliste Tony Blair a montré qu’il était bien plus libéral que le conservateur John Major. Et les deux seuls ministres des Finances réellement libéraux qui ont marqué la France au cours du dernier quart de siècle sont Pierre Bérégovoy et Dominique StraussKahn. La question est de savoir si les États ont encore une légitimité pour réguler l’activité des entrepreneurs, pour prélever leur dîme par une taxe carbone ici, ou par une taxe tobin là.

Leur problème est d’avoir perdu une grande part de leur crédibilité. Et « ces jeux du cirque » des temps modernes que sont les G20, les G8 ou tous autres sommets internationaux ne sont plus pris au sérieux que par ceux qui doivent en rédiger le communiqué final. Pour preuve le crucial débat sur l’assouplissement des normes comptables ouvert lors du G20 de Londres a d’ores et déjà été enterré sans fleurs ni couronnes.
Nous entrons dans des « temps nouveaux » comme l’a rappelé Laurence Parisot pendant trois jours. Des temps nouveaux où les États ne sont que des « rois nus » incapables d’apporter des solutions aux défis économiques. À la différence des entrepreneurs qui ne demandent juste qu’un peu de liberté pour créer de la richesse au profit de tous. C’est ce qu’explique avec talent, verve et humour Charles Gave. Et s’il faut le lire, ce n’est pas parce qu’il est libéral, mais parce qu’il est libre. Ce qui l’autorise à dire la vérité économique. Toute la vérité. »

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