La lente descente aux enfers

«La démocratie [en Amérique] fonctionnera jusqu’au jour où les élus se rendront compte qu’ils peuvent acheter les voix des citoyens avec l’argent de ces mêmes citoyens

Alexis de Tocqueville

Pour des raisons qui m’échappent totalement, il est d’usage de présenter le déficit budgétaire et la dette étatique en pourcentage du PNB local. Les deux présentations me semblent extrêmement dangereuses, car elles laissent croire à tort que la totalité du PNB produit dans un pays appartient in fine à l’État, ce qui est un déni implicite, mais fort révélateur, du droit de propriété. Cela dit, comme tout le monde le fait, nous l’utiliserons également occasionnellement, mais ce sera toujours avec réticence…

Commençons par le déficit de l’État en pourcentage du PNB, que nous remplacerons par le ratio entre les dépenses et les recettes de l’État.

Chaque ménage, quand il va à sa banque, présente ses comptes et montre ce qu’il dépense par rapport à ce qu’il gagne. On ne voit pas très bien au nom de quoi il devrait en être autrement pour notre cher État. Le graphique ci-dessous ne retient que les dépenses et les recettes de l’État central ; en sont exclus tous les autres déficits du secteur communiste, tels ceux de la Sécurité sociale, des régions, des départements ou de telle ou telle activité nationalisée.

Comme on le voit, les dépenses sont aujourd’hui supérieures aux recettes de… 55%.

Cela revient à dire qu’à partir de la mi-juin les dépenses de l’État ne sont plus financées par les recettes et que le solde doit être financé par l’emprunt. L’État ne couvre qu’un peu moins de la moitié de ses dépenses par l’impôt! Il est stupéfiant que les célèbres agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch) continuent à accorder à la dette française un AAA, c’est-à-dire la meilleure note. Cela donne une idée soit de l’incompétence considérable de ces agences, soit de la situation dans laquelle doivent être les mauvais élèves tels l’Espagne ou le Portugal, sans parler de la Grèce (l’un n’excluant pas l’autre d’ailleurs). De plus, logiquement, cette dette s’accroît chaque année du montant du déficit de l’exercice achevé. Il va donc falloir soit que les dépenses diminuent ou cessent de croître, soit que les recettes augmentent. Or l’on sait que si les impôts augmentent, la masse fiscale, à partir d’un certain moment, diminue (loi dite de Laffer). Comme le dit la sagesse populaire, « trop d’impôt tue l’impôt».

Nous avons passé ce cap il y a déjà longtemps. »

Extrait de « L’Etat est mort, Vive l’état! » Chapitre 5  page 80 et s

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A propos IDLibertés

L ‘Institut des Libertés est un think tank indépendant. Constitué sous la forme d’un fonds de dotation (loi du 4 août 2008), l’Institut des Libertés est enregistré auprès de la préfecture de Paris. Notre souhait aujourd’hui au travers de l’Institut des Libertés est de tenter de proposer des pistes de réflexions libérales, sur des sujets aussi vaste que l’Economie, la Finance, les Sciences , la Littérature ou la politique. Sans tenter de professer un catéchisme ni d’influer politiquement, L'institut des Libertés se propose comme une plateforme de parole alternative ou tout un chacun serait libre de venir contribuer institutdeslibertes@gmail.com. Redonner enfin au libéralisme son vrai visage; non pas celui d’une finance sans foi ni loi mais bien celui du siècle des lumières, profondément humaniste et fervent défenseur des libertés individuelles.
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15 commentaires pour La lente descente aux enfers

  1. Loran dit :

    « Les deux présentations me semblent extrêmement dangereuses, car elles laissent croire à tort que la totalité du PNB produit dans un pays appartient in fine à l’État, ce qui est un déni implicite, mais fort révélateur, du droit de propriété.  »

    C’est simple, le droit de propriété ne peut pas dépasser l’intérêt national.

  2. Bonjour,

    Quand on compare les depenses de l’Etat au PNB, il y a dans cette idee implicitement que l’Etat POSSEDE la richesse crée par chaque individu. Or le debut du Libéralisme se trouve dans l’idée(Locke) que chacun est possesseur de son travail. L’ hypothèse précédente implique que l’Etat conceptuellemen et légalement a le droit de prendre 100% de la valeur ajoutée créée par chacun, ce qui s’appele l’esclavage

    • Loran dit :

      « L’ hypothèse précédente implique que l’Etat conceptuellemen et légalement a le droit de prendre 100% de la valeur ajoutée créée par chacun, ce qui s’appele l’esclavage »

      Non seulement l’Etat a le droit de prendre 100% de la valeur ajoutée, mais en plus il y a des circonstances historiques ou cela s’impose (exemple: nationalisation de Renault).
      Et plus basiquement, sans ce droit il est impossible de construire une autoroute qui nécessite des expropriations.

      Votre remarque sur l’esclavage, au sens littéral du terme, est non fondée, car comme pour à peu près tout, la référence au poison s’applique: (« Rien n’est poison, tout est poison : seule la dose fait le poison. »). Il n’y a pas d’état démocratique qui maintienne en esclavage des citoyens. Et ce pour une raison simple, les citoyens, contrairement aux employés de sociétés privés, sont également décisionnaires -par leur vote-.

      • ANTONIN dit :

        Même s’il arrive que la liberté soit restreinte en cas de nécessité ( votre exemple d’autoroute …) , une démocratie libérale ne saurait admettre que l’Etat remette en cause les droits ( de propriétés ) et libertés humaines.Ces deux valeurs fondent le droit naturel protégé par la séparation des pouvoirs.
        Si la souveraineté du peuple en décidait autrement , en abolissant la propriété privé ou la liberté d’opinion , nous serions dans un Etat collectiviste ou l’homme n’est plus un individu libre et indépendant mais est intégré dans une synthèse supérieure qui le contient : l’ETAT. Ce qui permettait aux ex pays socialistes de s’auto – proclamer Démocratiques et Socialistes. C’est pour cela qu’une démocratie qui ne respecte pas le droit naturel peut dégénérer en un régime absolutiste qui transforme ses citoyens en esclave ( lisez le « Livre noir du communisme » ).

      • @Antonin,
        Je me demande si la nature même de l’Etat n’est pas d’être collectiviste.
        Assurer un rééquilibrage des régions en prenant là où il y a des richesses pour saupoudrer là où c’est plus pauvre. Idem égard aux individus.
        Sa fonction est de soumettre doublement en taxant et en redistribuant (autre façon de soumettre), donc de diviser pour régner, expression de tout pouvoir fatalement donc collectiviste.
        De là de devoir limiter drastiquement tant qu’il en est encore temps (trop tard il me semble pour la France qui ne peut désormais prendre la leçon que de l’extérieur) le rôle de cet Etat.
        (pour l’autoroute, si rien ne me convient EN ECHANGE, libre à moi de camper sur ma position de non cession. Ce qui est impossible en France. Par contre on a pu voir de Chine une photo de bicoque isolée aux milieux de gigantesques constructions, tout simplement parce que le tenant de celle-ci refusait de vendre.)

  3. Deuxieme question: c’est un grand debat, mais on ne peut etre liberal si on ne pense pas que la Liberte individuelle est antérieure et supérieure a l’Etat
    Si l’intérêt national est défini par la classe dirigeante et qu’elle demande de tuer tous t les coiffeurs, c’est inacceptable.
    Thomas Moore et Thomas Beckett ont tous les deux été martyrisés parce que leur conscience leur interdisait de faire ce que leur demandait leur Roi
    Maurice Papon a accepté et est devenu ministre
    Chacun ses choix et sa conscience.
    « L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn »

    • Loran dit :

      La liberté individuelle n’est pas possible sans un minimum vital. La liberté individuelle ne peut exister que pour les dominants dans les sociétés qui ne redistribuent rien. En dessous de certains seuils, il n’y a pas d’autres choix possibles que la survie.

      A la place de Papon qui est caricatural, on pourrait parler d’Allende. Qu’en pensez vous, en tant qu’ancien élève de Mr Friedman?

      • Loran dit :

        Je me rends compte en relisant que ma derniere phrase est inutilement agressive (et je ne peux la retirer).
        Mais l’idée reste, le libéralisme (économique) doit il s’imposer à la souveraineté populaire comme cela s’est passé au Chili (et ailleurs)?

        Votre point de vue m’intéresse énormément, car je n’arrive pas à comprendre comment vous (je veux dire votre école de pensée) arrivez à dépasser le paradoxe choix démocratiques VS libéralisme économique imposé par la force, en continuant à vous reclamer d’un certain humanisme. Qu’elles sont les bases théoriques?

  4. the0austrian dit :

    La démocratie telle qu’elle est constituée ne peut garantir le respect des droits de propriété légitimes puisque l’exercice de la contrainte légale est justifié par le vote d’une minorité de personne ou encore une majorité de votants comme on aime le dire. Pour qu’une démocratie soit légitime il faudrait que chaque individu est un droit de vote proportionnel à sa contribution, c’est le droit de vote censitaire. Le libéral défend une démocratie où la contraite légale se limite à l’application du respect du droit naturel. (ex :constitution US qui n’est absolument pas respecté). La démocratie telle qu’elle existe peut être tyranique puisque le périmètre d’action du monopoleur de la contraite légale est illimité. Quant a savoir si la société libre peut être imposer par la force c’est une problématique qui fait débat…
    Les ressources dont on dispose (si le droit naturel est respecté) dépend soit du produit de son travail soit du don (ex héritage). Si un individu est dans l’incapacité de travailler il peut soit s’appuier sur sa famille soit sur l’assistance privée. Bref vous l’aurez compris la condition de ressource pour exercer sa liberté est totallement fallacieuse pour un libéral puisque sa définition de la liberté (liberté négative) n’est pas la même que celle que vous suggérez (liberté positive).

    PS : Grand merci pour ce blog M Gave. J’espère que vous nous ferez également partager vos analyses sur la situation et les actualités économiques.

    • Loran dit :

      « Pour qu’une démocratie soit légitime il faudrait que chaque individu est un droit de vote proportionnel à sa contribution »

      1) Qu’est ce qui permet de dire cela? Une personne une voix est beaucoup plus proche de notre tradition historique.
      2) Comment mesurez vous la contribution? Si c’est la contribution financière qqui fait foi, encore, qu’elles sont vos bases philosophiques, spirituelles, scientifiques pour justifier cela?

  5. Ping : Douce France / Trappes à Dettes : Etat des lieux par Charles Gave « le blog a lupus…un regard hagard sur l'écocomics et ses finances….

  6. FaLLaWa dit :

    Bonjour,
    Juste une remarque sur ce graphique : si l’on prend les valeurs de 2010 :
    Recettes des administrations = 240 milliards environ
    Depenses des administrations = 370 milliards environ
    Soit un deficit de 370-240= -130 milliards environ
    240 x 0.55 = 130 environ donc le deficit est egal à 55% des recettes, OK
    Pour savoir la part des depenses couverte par l’impot, il me semble qu’il faut calculer le ratio 240/370=0.65 soit 65% des depenses couvertes par l’impot.
    En termes de mois de l’annee, l’Etat vit donc sur ses recettes jusqu’à fin juillet (12*240/370=7.78)
    et ensuite il emprunte.

    • FaLLaWa dit :

      L’Etat vit donc sur ses recettes jusqu’à fin aout pardon !

    • Homo-Orcus dit :

      Un français travaille jusqu’au 27 juillet pour payer ses impôts et un mois plus tard l’état n’a plus de sous… on vit dans un monde de débiles.
      C’est seulement le commencement car la crise de la dette n’existe pas encore, on l’envisage. La Grèce c’est la mèche allumée mais pour la France c’est pour bientôt.
      En effet, elle finance son stock de dettes à un taux de 3,90% en moyenne et elle emprunte actuellement à 3,68 (Source EFFAS Bloomberg), le jour où l’on passe à 7% alors que le premier poste budgétaire est le service de la dette… autre méga-bombe sur le court terme, les pensions, 3ème poste qui ne peut qu’augmenter exponentiellement et alors là ! Les projections bidons à 0% de déficit, peut-on y croire ?

  7. FaLLaWa dit :

    Comme quoi La Fontaine avait visé juste 🙂
    –>
    La cigale , ayant chanté
    Tout l’été,
    Se trouva fort dépourvue
    Quand la bise fut venue.
    Pas un seul petit morceau
    De mouche ou de vermisseau
    Elle alla crier famine
    Chez la fourmi sa voisine,
    La priant de lui prêter
    Quelque grain pour subsister
    Jusqu’à la saison nouvelle
    «Je vous paierai, lui dit-elle,
    Avant l’août , foi d’animal,
    Intérêt et principal .»
    La fourmi n’est pas prêteuse ;
    C’est là son moindre défaut.
    «Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.
    – Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
    Eh bien : dansez maintenant.»

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