Une ombre portée en avant

« Les grands événements dans l’Histoire ont leur ombre qui se projette en avant. »

Goethe

Essayons de mesurer l’étendue du problème et donc de faire à nouveau un constat. Encore une fois, c’est un sujet très compliqué, mêlant la démographie, l’économie, la politique ets’y retrouver est bien difficile. Heureusement, il y a les grandes organisations internationales (FMI, OCDE, Commission européenne, Banque mondiale) qui ont à leur disposition des centaines d’économistes qui publient régulièrement d’excellentesétudes, disponibles sur leurs sites, auxquelles on peut se référer pour compléter la lecture de ce livre.

Si l’on prend par exemple la dernière étude du FMI sur le sujet, c’est-à-dire sur les dettes des pays de l’OCDE (source :IMF World Economic Outlook «Crisis and Recovery»,avril 2009), le ratio dette sur PNB s’élève aujourd’hui enmoyenne à 90%. À politique inchangée, nous en serons à 150% en 2020 et à 200% en 2030, ce qui est tout simplement impossible.

La dette étatique japonaise représente plus de 200 % du PNB, mais elle est détenue à 95 % par des Japonais. Ce n’est pas le cas pour notre pays où les nationaux ne détiennent qu’un peu moins de 40% de la dette, le reste étant dans les mains des étrangers.

Dans cette étude, notre pays se situe exactement sur cette moyenne. Comme il est impensable que les marchés laissent la dette française dériver à ce point, il est tout à fait certain que d’ici à 2020, nous aurons soit des réformes crédibles, soit une crise financière profonde qui forcera l’État à entreprendre ces réformes, mais dans la douleur, sous le contrôle du FMI ou de l’Allemagne. Une fois de plus, on voit que la limite extrême de l’indifférence politique à ces problèmes se situe quelque part entre 2015 et 2020. Après cette date, au plus tard, les hommes politiques ne pourront plus s’occuper de rien d’autre. Rien ne prouve cependant que les marchés nous laisseront tout ce temps. La panique peut arriver bien avant. Si une panique était prévisible, par définition, elle n’aurait pas lieu !

Pour bien se convaincre de la gravité du problème, référons-nous à une autre étude du FMI qui s’attache à identifier les différentes causes des déficits budgétaires à venir: ce qui peut être imputé à la crise actuelle (élément cyclique), ce qui découle des promesses inconsidérées faites aux électeurs dans le passé (éléments structurels) et que l’on peut appeler les dettes hors bilan. Voici les données pour un certain nombre de pays: la première colonne exprime le montant du déficit des comptes publics provenant de la crise que nous traversons, autrement dit l’élément cyclique; la deuxième colonne indique l’élément structurel lié uniquement au vieillissement de la population et aux promesses qui ont été faites, telles la retraite à 60 ans; la troisième colonne donne le rapport entre les éléments cycliques et les éléments structurels.

CRISE         VIEILLISSEMENT        RATIO  CRISE/VIEILLISSEMENT

États-Unis                              37                      495                                  7,5%

Espagne                                39                         652                              5,9%

Allemagne                             29                         280                            10,3%

France                                   31                         276                            11,2%

(En % du PNB, valeur actualisée.)

Si l’on prend le cas de l’Espagne, chacun sait qu’elle est en ce moment dans une situation budgétaire très difficile :seulement 5,9% de la détérioration à venir sera cyclique, le reste sera structurel. Les déficits actuels engendrés par la crise, financière d’abord, étatique ensuite, sont anecdotiques par rapport aux déficits à venir, liés au vieillissement de nos populations – à politique inchangée, comme ajoute toujours le FMI.

La politique ne va donc pas rester inchangée… et tous les défilés derrière des drapeaux rouges ou noirs ne changeront rien à l’affaire. Quand il n’y a plus d’argent, il n’y a plus d’argent ! Plaignons les élus des années à venir. La seule chose qu’ils vont pouvoir faire, année après année, va être non de dire non à tout, mais en plus de revenir sur un certain nombre d’avantages acquis.

Pourtant, les volontaires se bousculent au portillon. On est transis d’admiration devant une telle abnégation…

C.G

Extrait de

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3 commentaires pour Une ombre portée en avant

  1. ERIC dit :

    « Pourtant, les volontaires se bousculent au portillon. On est transis d’admiration devant une telle abnégation… »
    Charles, c’est ça le fameux sacrifice pour la patrie de nos politiques. N’oubliez pas qu’ils sont divins! et que nous ne pouvons peut être pas comprendre?
    Amitiés.

  2. ST dit :

    > Ce n’est pas le cas pour notre pays où les nationaux ne
    > détiennent qu’un peu moins de 40% de la dette, le reste
    > étant dans les mains des étrangers.

    En fait vous êtes même en deçà de la réalité sur ce point, puisque nous venons de franchir la barre des 70% de la dette détenue par des étrangers :

    http://ladettedelafrance.blogspot.com/2010/10/linquietante-fragilite-de-la-dette.html

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