Notre héros inconnu: l’entrepreneur

À ce stade, et pour revenir à notre entrepreneur, il me faut maintenant expliquer un autre très grand mystère, que l’on pourrait essayer d’exprimer comme suit: pourquoi en fin de compte les entrepreneurs ne contrôlent-ils pas 100% du PNB, puisqu’ils sont responsables de 100% de la croissance? Ou encore, pourquoi la part des profits dans le PNB reste-t-elle à peu près constante sur le long terme ? Ou plus simplement encore, pourquoi les entrepreneurs, qui assument tous les frais et prennent tous les risques, ne s’enrichissent-ils pas plus en moyenne que les autres contributeurs au PNB ?

D’où une conclusion qui s’impose d’elle-même sous forme de question: les entrepreneurs, dont vous faites si grand cas, ne seraient-ils pas un peu masochistes? Ils prennent tous les risques, encaissent tous les coups et ne touchent pas plus que les autres? Pour y répondre, commençons par vérifier que la part des profits dans le PNB reste à peu près constante sur le long terme grâce à un graphique.

USA : profits et PNB

Les profits des sociétés et le PNB américain ont connu une évolution parallèle depuis 1950, ce qui est confirmé par le graphique du bas présentant le ratio profits/PNB. Ces profits oscillent entre 4% et 9% du PNB, avec une moyenne autour de 6%. Il ne se dégage pas de tendance nette sur le long terme… mais on peut cependant se demander si la part des profits dans le PNB aux États-Unis ne connaît pas une tendance haussière depuis 1988 environ, ce qui semblerait confirmer la thèse d’une accélération de la création destructrice.

Vérifions ce phénomène avec les chiffres français (malheureusement je ne dispose des chiffres concernant les profits que depuis 1978). Voici le même graphique pour la France :

France : profits des sociétés et PNB

Nous pouvons faire la même constatation que pour le graphique précédent: profits et PNB connaissent une croissance équivalente; mais curieusement, alors que la part des profits dans le PNB américain croît depuis 1988, en France, l’inverse semble en train de se produire.

Voilà une différence qu’il nous faudra explorer… mais qui peut sans doute s’expliquer par le fait que toute une partie de la sphère économique française, organisée selon des principes communistes, résiste de toutes ses forces à cette nouvelle donne et que donc, chez nous, la destruction l’emporte sur la création.

Cette identité entre taux de croissance du PNB et profits sur le long terme est assez logique: si les profits progressaient plus vite que le PNB, au bout d’un certain temps, tout le PNB serait constitué de profits, ce qui serait idiot. S’ils croissaient moins vite, l’économie stagnerait puisque ce sont les profits qui sont à l’origine de la croissance.

Pour résumer:

• l’entrepreneur est un joueur porté par une « vision ». Il est sans arrêt prêt à tout perdre et c’est ce qui arrive la plupart du temps. La «classe» des entrepreneurs est donc celle qui souffre le plus de la destruction inhérente au capitalisme: en moyenne, trois nouvelles entreprises sur quatre échouent dans les trois premières années de leur existence ;

• la contrepartie est que la réussite, si elle est au rendez-vous, peut dépasser les espoirs les plus fous, et ce sont ces réussites qui sont à l’origine de la croissance du PNB, de l’emploi et du niveau de vie général. Les croissances des nouveaux secteurs se font souvent au détriment d’anciens qui sont condamnés de ce fait à disparaître ;

• l’entrepreneur est donc à l’origine tant des processus de création que de destruction, ce qui lui vaut sans doute sa grande impopularité. C’est lui et lui seul qui crée l’étincelle originale qui permet à la croissance de démarrer, ce qui ne veut pas dire qu’il peut créer tout seul. Il a besoin des autres.

Pour simplifier, on peut dire que la présence des entrepreneurs est nécessaire, mais pas suffisante; d’autres intervenants sont nécessaires. Le premier sera le Sancho Pança de notre Don Quichotte- Entrepreneur: appelons-le le «rentier». On ne peut le présenter cependant sans introduire un autre personnage, essentiel dans le roman de Cervantès, les moulins à vent, contre lesquels se bat ce pauvre Don Quichotte, c’est-à-dire les banques, car banques et rentiers d’un côté et entrepreneurs de l’autre sont l’avers et le revers d’une même réalité.

C.G

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A propos IDLibertés

L ‘Institut des Libertés est un think tank indépendant. Constitué sous la forme d’un fonds de dotation (loi du 4 août 2008), l’Institut des Libertés est enregistré auprès de la préfecture de Paris. Notre souhait aujourd’hui au travers de l’Institut des Libertés est de tenter de proposer des pistes de réflexions libérales, sur des sujets aussi vaste que l’Economie, la Finance, les Sciences , la Littérature ou la politique. Sans tenter de professer un catéchisme ni d’influer politiquement, L'institut des Libertés se propose comme une plateforme de parole alternative ou tout un chacun serait libre de venir contribuer institutdeslibertes@gmail.com. Redonner enfin au libéralisme son vrai visage; non pas celui d’une finance sans foi ni loi mais bien celui du siècle des lumières, profondément humaniste et fervent défenseur des libertés individuelles.
Cet article a été publié dans Extraits de "L'Etat est mort ! Vive l'état". Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Notre héros inconnu: l’entrepreneur

  1. yoananda dit :

    Bonjour,

    je découvre votre blog. Il semble que nos analyses se rejoignent, du moins sur la faillite annoncée de l’état Français : http://yoananda.wordpress.com/2010/09/23/la-france-en-ruine/
    http://yoananda.wordpress.com/2010/10/01/quand-la-france-perdra-son-aaa/

    Je suis conscient que mon travail est approximatif, mais peut-être que vous trouvez dans ces articles d’autres pistes pour étayer votre réflexion… ou la mienne.

    cordialement,

  2. William dit :

    Bonjour,

    Je me permets de reposter une version allégée de ma question posée dans « Petit apercu de la dette étatique française 1 » le 14 octobre 2010. Aussi, je tiens à m’excuser pour l’insistance avec laquelle je me permets de vous reposter ma question mais je pense sincèrement que mon problème inquiète beaucoup d’épargnants.

    La conférence du 13 octobre à la Sorbonne m’a profondément perturbé sur la fragilité des compagnies d’assurance vie. En effet, les Compagnies d’Assurance se retrouveraient en fâcheuses postures dans le cas d’un défaut de la dette Française qui mettrait à mal leurs portefeuilles d’obligations libellées en euros. Le risque de faillite des compagnies d’assurance vie, tels que : Cardif, Generali, serait fort probable. Il y aurait alors une spoliation « effective » des compagnies d’assurance sur leurs clients qui résulterait de leurs faillites, les créanciers (clients possédants un contrat d’assurance vie) se trouvant tous au même niveau et au même rang pour être indemnisés en fonction des actifs restants dans le portefeuille de l’Assureur.

    Dans ce contexte, et sachant que l’assurance vie représente plus de 70% de mon patrimoine (investi à +80% en actions), je me demande s’il ne serait pas préférable de clôturer mes contrats pour investir directement au porteur dans des sociétés cotées afin de m’en assurer la pleine propriété. Malheureusement, clôturer mes contrats reviendrait à tirer une croix définitive sur l’exonération des droits de succession (exonération totale car contrat de 1992) au profit d’un risque « potentiel », non calculé, de perte en capital en cas de faillite des compagnies d’assurance vie.

    Conseillez-vous de prendre le risque de rester avec ma compagnie d’assurance et d’assurer la transmission de mon patrimoine ou de clôturer mes contrats ? Quelle est la probabilité qu’une compagnie d’assurance Française fasse faillite (à savoir Cardif)?

    Mille mercis pour le temps que vous vous voudrez bien consacrer à me donner votre avis sur cette situation qui me préoccupe énormément.

    William

  3. William dit :

    Cher Monsieur,

    J’avoue être quelque peu déçu… j’ai l’impression que vous ne souhaitez pas répondre à ma question concernant la faillite des compagnies d’assurances vie en France? Je ne souhaiterais pas vous importuner davantage mais auriez vous l’amabilité de répondre à cette précédente question.

    Cordialement,

    • Cher Monsieur
      Vivant a Honk-Kong, je connais mal les details du systeme d’assurance vie Francais
      Il me semble que la realite est la suivante, mais encore une fois, je ne suis pas un specialiste juridique du droit de l’assurance vie
      En ce qui concerne vos fonds, la compagnie d’assurance agit en tant que depositaire. C’est a dire que vos fonds restent votre propriete, meme en cas de faillite du depositaire, un peu comme chez un agent de change qui fait faillite. Les titres qui sont a vous restent a vous et ne tombent pas dans le pot commun de la faillite. Cetet regle ne s’applique pas au cash. Si une faillite venait a intervenir vous resteriez donc proprietaires de vos titres. Les recuperer pourrait prendre du temps cependant.
      Beacoup de mes interlocuteurs sont geres directement par la compagie d’assurance, et se retrouvent en danger dans la mesure ou une partie preponderante de leurs placemenst sont en obligation d’Etats europeens. Ce n’est pas votre cas
      Les noms que vous citez ne me semblent pas les plus vulnerables, bien au contraire
      Il existe une garantie interprofessionelle et etatique dont je ne connais pas le montant mais qui est reelle
      Ma recommendation jusqu’ici pour les lecteurs qui me posaient cette question a donc ete toujours la meme:
      Verifiez bien le contenu de ce que vous avez dans votre assurance vie, et soyez bien sur qu’elles contiennnent des actions et non des obligations si ce n’est de l’Allemagne, de la Finlande ou de la Hollande. C’est ce qui est votre cas et ce qui est bien
      Comme vous gardez la pleine propriete de vos titres dans un contrat d’assurance vie, , il n’y a pas de raison de sortir de ces contrats de facon precipitee et couteuse fiscalement
      En conclusion, a mon avis, vous etes bien place.
      Pour vous rassurer pleinement peut etre faudrait il que vous relisiez le contrat qui vous unit a l’assurance vie.
      Je suis sur que le point sur qui est proprietaire final en cas d’accident y est decrit
      Amicalement

      • William dit :

        Merci pour votre réponse. Malheureusement, les textes existants et les règlements qui cadrent les contrats d’assurances vie démontrent que toutes les sommes versées sur un contrat d’assurance-vie appartiennent de fait à l’Assureur.

        En contrepartie de l’abandon (tout relatif mais bien réel du point de vue légal) de la pleine propriété des capitaux que j’ai logé dans mes contrats d’assurance-vie, je suis devenu propriétaire d’une créance du même montant sur la compagnie d’assurance qui gère mes contrats. Donc tout se passe comme si c’était l’Assureur qui contractait une dette envers moi… et je suis donc devenu un de ses créanciers (ce détail à toute son importance dans le cas d’une faillite!).

        Si ma compagnie d’assurance fait faillite (notamment dans le cadre d’un défaut de la dette Française qui mettrait à mal les portefeuilles d’obligations libellées en euros que détiendrait l’Assureur), mon sort dépendra alors du bon vouloir des états à la renflouer. Si en plus l’état censé « garantir » se trouve en défaut de paiement, j’ai alors peu de chances, quand bien même mes contrats seraient investis à +80% en actions, de récupérer les sommes logées dans mes contrats d’assurance vie. Bref, il s’agirait d’une spoliation des compagnies d’assurances sur leurs clients qui résulterait de leurs faillites.

        Je pense que ce sujet mériterait un livre ou un article, car si vos prévisions concernant la faillite de l’état Français s’avèrent juste, c’est une véritable bombe à retardement pour les épargnants Français.

        William

      • Cher Monsieur
        Merci de vos eclaircissements
        Ce que vous me dites m’ennuie beaucoup et confirme ce que je vous avait dit, que je ne connaissais pas le regime juridique de l’assurance vie en France
        En fait , il semble bien d’apres vos esplications qu’il existe un vrai risque
        il faut donc envisager une strategie de degagement
        je sais que les assurances vie Luxembourgeoises sont admises en France. Je ne sais pas s’il et possible de transferer des contrats vers le Luxembourg sans encourir trop de frais. Si c’est faisable, faites le
        Pour moi, la faillite de la France est impensable. La crise de la dette sera le coup de tonnere qui nous forcera aux reformes. Si la France se reforme, alors le risque disparaitra. La fin de la retraite a 60 ans, en faisant tomber un symbole a ete une bonne chose a cet egard
        Il n’en reste pas moins que le probabilite d’un vrai probleme , tout en etant tres faible, n’est pas nulle. A mon avis, vous devez surveiller comme du lait sur le feu l’ecart des taux longs entre la France et l’Allemagne. Vous devez regarder aussi regulierement le cours des CDS sur la dette Francaise. Si la crise commence, et c’est la qu’elle commencera vous aurez au moins 9 mois pour prendre des decisions
        En resume, pour l’instant, je me mettrais en etat de veille, pret a agir le cas echeant, mais je ne bougerai pas , ou pas encore
        Amicalement

  4. NDLR

    Charles Gave vit et réside à Hong-Kong; ses horaires sont donc ceux de l’Asie et son clavier, un QWERTY … ce qui n’explique pas tout mais en partie :-))

    William, votre question a été trnsmise et sera « adressée ». No worries;

    Amicalement,

    la direction

  5. lecteur dit :

    bonjour,

    j’ai trouve le premier chapitre de votre livre particulierement pertinent quant a l’analyse que vous faites de la societe francaise. j’ai ete en revanche tres decu par le chapitre 2.
    les graphiques (p47 et 48) qui ont pour objets de jeter l’opprobre sur le mechant rentier omettent un « leger » detail, a savoir qu’ils ne prennent pas en compte l’inflation reelle. si on prend en consideration l’evolution de la masse monetaire M3 (avec une progression de 2 chiffres dans les annees 2000) et non pas l’indice insee servi au bon peuple, on arrive a un tout autre resultat, en terme de remuneration du rentier. il n’y a d’ailleurs qu’a voir les bulles immobilieres qui se sont formees dans la plupart des pays occidentaux pour s’en convaincre. je vois mal des lors comment on peut reprocher a la BCE de ne pas avoir ete aussi laxiste que la fed, en terme de creation monetaire, par sa politique de taux exagerement bas. en tous cas, en tant qu’agent economique lambda mon envie d’entreprendre et de faire des efforts diminue chaque jours. d’une part du fait des tares inherentes a la societe francaise (que vous decrivez si bien), mais egalement, precisement parce que je perd confiance dans la monnaie. a quoi bon effectivement rechercher le profit quand vous doutez de la nature meme de ce profit.

  6. Cher Monsieur
    Je suis d’accord avec bien des points que vous soulignez
    Mon objet dans ce livre recent n’etait pas de discuter les problemes monetaires
    J’ai traite cela dans mon livre precedent qui s’appelait « Liberal mais non coupable »
    Si la question de la monnaie vous interesse, j’y consacre plusieurs chapitres
    La ou je diverge, c’est quand vous dites qu’il faut mesurer l’inflation par la hausse de la masse monetaire. vous avez raison. Techniquement l’inflation est la hausse de la amsse monetaire. Ce que j’ai cherche a mesurer c’est la hausse du pouvoir d’achat du rentier, ce qui n’est pas du tout la meme chose
    Cette hausse des prix ne depend pas que de la hausse de al amasse monetaire, loin s’en faut. Dire lec ontraire, c’est supposer que la vitesse de circulation de la monnaie, les besoins de tresorerie et la disponibilite du credit bancaire sont constants, trois hypotheses qui sont manifestement fausses
    la hausse des prix de l’immobilier a beaucoup plus avoir avec des politiques nfoncieres debiles partout, empechant toutes constructions nouvelles qu’avec n’importe quoi d’autre mais il s’agit la d’un tout autre probleme
    Amicalement
    CG

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