Chronique d’Yves de Kerdrel dans le Figaro du 26 octobre 2010

Prenez un bon bol d’air! Lisez le nouveau Charles Gave La chronique Yves de Kerdrel

L’anecdote est hélas vraie. Quelqu’un faisait remarquer à l’économiste américain Milton Friedman que les plus grands penseurs libéraux étaient français alors que notre pays ne s’est jamais vraiment distingué par son libéralisme. Le distingué Prix Nobel d’économie retournait cette contradiction apparente en expliquant « qu’on ne décrit jamais mieux l’enfer que lorsque l’on y habite ». Charles Gave incarne parfaitement cet esprit libéral français qui naît à l’Époque des Lumières, s’illustre avec Tocqueville ou Bastiat, mais n’a jamais réussi à s’imposer face à une tradition mi-jacobine, mi-bonapartiste. Aujourd’hui installé à Hongkong, mais, en fait, citoyen du monde, Charles Gave s’est rendu célèbre en publiant en 2003 un livre remarquable pointant du doigt les absurdités de l’euro (Des lions menés par des ânes). Cet ouvrage de pédagogie économique s’est vendu à plus de 20 000 exemplaires. Véritable exploit pour une telle matière. Depuis, il a écrit plusieurs livres qui trouvent à chaque fois un écho grandissant. L’an passé, il fournissait avec son talent de polémiste et de chroniqueur au Journal des finances son analyse de la crise, dans un ouvrage titré « Libéral mais non coupable » et cet automne il annonce, avec de nombreux graphiques et chiffres à l’appui, la faillite de l’État, dans un livre au titre provocateur, « L’État est mort, vive l’etat »

Pourquoi la faillite  étatique qui s’annonce est une bonne nouvelle  L’auteur rappelle à quel point depuis 1973, année d’un dernier budget équilibré, l’État a réussi à dilapider l’épargne des générations passées et à gager la richesse des générations futures. Ce qui lui a permis de mener ce qu’il appelle un « social-clientélisme », en fournissant des aides à tous ceux qui ne produisent pas de richesse. Au point que la France, comme le rap- pelle Charles Gave, est le seul pays à subventionner la paresse et à taxer à un niveau prohibitif le travail et l’épargne. Ce qui n’est pas forcément le meilleur moyen de doper la croissance, de susciter l’initiative et d’encourager la prise de risques. Charles Gave explique donc que d’ici à deux ans « la route de l’endettement sera coupée ». Dans ces conditions, le social-clientélisme, qui s’appuie à l’intérieur du pays sur des bastions CGT- communistes, va s’écrouler avec la disparition programmée des métastases de ce cancer qui a rongé la société française depuis Mai 68.

Comme explique Charles Gave,

« nous sommes en train d’entrer dans des temps révolutionnaires »

La Grande-Bretagne a bien compris tout cela. Et la potion très amère servie la semaine passée par le premier ministre, David Cameron, constitue la réponse ad hoc au problème du très coûteux État providence britannique. La suppression de près de 500 000 postes de fonc- tionnaires, la réduction de l’assistanat forcené mis en place par Gordon Brown et surtout la baisse drastique des dépenses publiques constituent les trois nouveaux piliers de la sages- se chez nos voisins d’outre-Manche.

Mais David Cameron, comme le fait Charles Gave dans son ouvrage, a rappelé devant la Chambre des communes que réduire le train de vie du Royaume ne signifie en rien mettre par terre l’État britannique comme l’en accusent les travaillistes. Au contraire, le nouveau locataire du 10, Downing Street met un point d’honneur à ne pas toucher par exemple au NHS (l’équivalent de notre Sécurité sociale) par souci d’équité. Mais aussi parce qu’en tant que père d’un enfant handicapé, aujourd’hui décédé, il a pu voir les bons côtés d’un État qui s’occupe de ce pour quoi il a été conçu : protéger les siens.

Comme le rappelle Charles Gave : « Être libéral ne veut pas dire que la société puisse fonctionner sans un État. L’État est un peu comme la langue d’Esope, la pire et la meilleure des choses. Une société sans État ne peut pas connaître de développement économique. Une société avec trop d’État crève. »

En cette période où l’on étouffe de voir quelques agités bloquer des raffineries, des trains, des ports, des voitures, des camions, alors que dans le même temps le commerce mondial enregistre une augmentation de 17%, la lecture du livre de Charles Gave apporte un vrai bol d’air frais. Un vent d’optimisme. Il annonce des temps meilleurs. Des temps où la France, libérée de son clientélisme suranné, sera contrainte de faire à nouveau confiance à ceux qui la font vivre. Des temps où l’individu re trouvera enfin sa place aux dépens d’un État aujourd’hui hypertrophié. Des temps où l’État sera renforcé dans ses missions régaliennes et les Français enfin libérés de l’aliénation marxiste dans laquelle on les fait vivre depuis 1945.

ydekerdrel@lefigaro.fr

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8 commentaires pour Chronique d’Yves de Kerdrel dans le Figaro du 26 octobre 2010

  1. Kris dit :

    Il m’avait pourtant semblé que le NHS était le modèle de ce qu’il ne fallait surtout pas faire en matière de santé publique. Cumulant les rationnements, les files d’attente, le refus de prendre en charge les traitements considérés comme trop onéreux et un déficit endémique, il est souvent cité en exemple de la faillite des systèmes communistes de gestion de la santé.
    Bastiat n’avait il pas lui aussi mis en garde contre les inévitables dérives d’un système à l’anglaise ?

  2. Cher Monsieur
    Si vous avez lu mon livre, vous aurez surement remarque que je ne parle pas du NHS
    Je pense que ce que monsieur de Kerdrel a voulu dire c’est que couper les depenses de l’Etat ne voulait pas automatiquemet dire que les populations allaient mourir faute de soins dans la rue, comme la propagande gauchiste essaie de nous le faire croire, et qu’etre liberal ne voulait pas dire etre sans coeur. La charite privee aux USA pr exemple donne a peu pres 4 fois plus que l’Etat US aux pays pauvres, et sans que l’argent aille au dictatuer local, bien au contraire
    Pour en revenir au NHS, au moins son principe de rationnement est rationnel.
    Si le prix d’un produit comme les services de sante devient nul, sa demande deveint infinie, et l’Etat doit rationner.
    C’est beaucoup plus logique que ce que nous avons chez nous, ou le prix est nul et ou nous pretendons qu’il n’y aura jamais de rationnement
    Une autre exception francaise sans aucun doute, celle la a la loi de l’offre et la demande

    Amicalement

    Charles Gave

  3. zoso dit :

    Merci M. De Kerdrel de nous faire autant rire. Citer Milton Friedman comme on citerai Kant, quel humour !

  4. Anonyme dit :

    Il y a deux gros os dans votre raisonnement.
    1-L’état ne devrait pas avoir de dettes car l’état devrait produire sa propre monnaie.
    2-La richesse d’un pays se mesure à son PIB qui est fonction des échanges réalisé à l’intérieur de la zone
    ou à sa croissance qui est la différence entre deux PIB.
    Plus la masse monétaire en circulation est importante et plus les échanges sont nombreux, plus il y a « croissance »
    Tout ce qui tend à faire diminuer la masse monétaire en circulation tend à faire diminuer la croissance….
    Moralité : Patrons augmentez vos employés pour vous enrichir!
    Plus vous serez pingres et plus vous vous appauvrirez!
    La suppression des fonctionnaires et des aides sociales n’est pas forcement une bonne chose pour la croissance.
    Je sais cela semble absurde.
    Mais nous sommes dans un système absurde où si nous ne consommions pas les produit dont nous n’avons pas besoin avec des moyens que nous n’avons pas, notre économie sécroulerait.
    C’est ce qui est en train de se passer.

  5. Anonyme dit :

    @Anonyme
    « 1-L’état ne devrait pas avoir de dettes car l’état devrait produire sa propre monnaie. »
    Eric dit: L’état peut très bien avoir des dettes sur des investissements sur le long terme (Utilisation d’infrastructure ou d’investissement sur plusieurs décennies. Il semble logique que plusieurs générations utilisatrices en supportent le coût. Mais pas pour payer le fonctionnement immédiat du bien être d’une génération sur le dos des autres. La monnaie est un instrument étalon, garantie par l’état, qui sert à mesurer la valeur d’un objet ou d’un service.
    « 2-La richesse d’un pays se mesure à son PIB qui est fonction des échanges réalisé à l’intérieur de la zone »
    Eric dit: Non! Le PIB, comprend la création de richesses produites par les nationaux pour les nationaux ou pour les étrangers.
    Au passage savez-vous ce que les Italiens disent:
    Quel est la différence en la France et l’Italie? L’Italie est un pays pauvre avec des habitants riches et vous c’est le contraire!
    « Plus la masse monétaire en circulation est importante et plus les échanges sont nombreux, plus il y a “croissance” »
    Eric dit: Non, vous prenez le problème à l’envers. Une masse monétaire disproportionnée du Pib est le signe de graves désordres et notamment qu’il y a de l’argent non sain en circulation, signes annonciateur qu’il y a dans certains secteurs des prix surévalués.
    « Mais nous sommes dans un système absurde où si nous ne consommions pas les produit dont nous n’avons pas besoin avec des moyens que nous n’avons pas, notre économie s’écroulerait.
    C’est ce qui est en train de se passer. »
    Eric dit: Personnellement je ne consomme pas les produits et les services que je n’ai pas besoin, et je crois qu’il faut être idiot pour faire le contraire. La seule chose à comprendre c’est que les élus avec leurs politiques (fiscales en autre), ne vous font faire que des conneries, et qu’en règle générale, ils ne sont pas capables de faire autre chose.
    Dans ces conditions, tant qu’ils s’occuperont de vos affaires, effectivement, tout va s’écrouler, là je suis d’accord!
    Faites attention , Les gens qui savent mieux que vous ce que vous devez consommer ou faire deviennent vite des tyrans. La seule protection que nous avons besoin c’est celle vis à vis de l’état.

    L’état n’est pas la solution, mais le problème. disait Reagan

  6. Eric dit :

    En répose à Anonyme, j’avais oublié dans le post précédent d’indiquer mon identité. C’est ERIC.

  7. Charles Gave dit :

    Je suis d accord a 100 pour 100 avec ce que dit Eric
    Je n aurai pas dit mieux
    Cg
    Sent from my BlackBerry® wireless device

  8. Anonyme dit :

    1-L’état ne devrait pas avoir de dettes car l’état devrait produire sa propre monnaie.
    Désolé les gaz mais selon Maastricht 123 confirmé Lisbonne, la banque centrale est indépendante des pouvoirs politiques.
    Pas besoin d’être devin pour comprendre que des particuliers se sont arrogés le privilège de battre monnaie au détriment des états et de la population.
    Donc l’état il s’en bat l’œil de sa garantie….

    Question évaluation de la richesse produite renseignez-vous: elle se mesure en fonction des échanges réalisés comment pourrait-elle se mesurer autrement?

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