La démission de Monsieur Weber de la BCE

Rappel : Monsieur Weber, gouverneur de la Bundesbank a donné sa démission  il y  a 15 jours et de la Bundesbank et du conseil de la BCE tant il était en désaccord avec la politique suivie par le conseil et monsieur Trichet auquel il était censé succéder..

Depuis 40 ans que je fais ce métier, j’ai rarement été d’accord avec ce que faisait la Bundesbank et pourtant cette chère institution était un des piliers indispensables de la stabilité financière mondiale tout simplement parce qu’elle défendait une notion que je considère particulièrement juste de ce qu’est la MONNAIE.

Comme chacun le sait, nous utilisons la monnaie pour mesurer la valeur des choses ou des biens dans les secteurs marchands de l’économie mais personne n’a jamais pu expliquer pourquoi la monnaie avait de la valeur alors qu’elle ne coûte rien a produire…

Deux explications s’opposent sur ce point essentiel et essayent d’éclairer ce grand mystère…

1.       La première, que j’appellerai l’explication par l’Etat soutient qu’émettre la monnaie fait partie des privilèges régaliens, que l’Etat a le monopole de la violence et que donc si quelqu’un venait à refuser la monnaie locale pour le règlement des contrats qui le lient aux autres membres de la communauté nationale, il irait en prison. L’Etat, garant de la monnaie en est donc littéralement le propriétaire, et il peut faire respecter ses prérogatives selon son bon plaisir. La valeur de la monnaie dans ce cas est fondée sur la violence étatique. La monnaie et donc l’un des outils que la puissance étatique peut utiliser pour arriver a ses fins.

2.       La deuxième, que j’appellerai l’explication par le « contrat social », souligne que la monnaie est un « bien commun », transgénérationnel, dont la population se sert parce qu’elle le veut bien et dont la gestion doit être confiée  a une organisation autonome, apolitique et sur lequel le personnel de gouvernement n’a aucun pouvoir, tant chaque état par nature prédateur va vouloir s’en emparer pour la gérer au profit du personnel politique du moment. Dans la réalité , ce rôle de soutien du bien commun est confiée a une sorte de technocratie non héréditaire, qui se renouvelle soit par cooptation soit par nomination venant de l’extérieur, la personne cooptée ou nommé devenant immédiatement indépendante constitutionnellement des pouvoirs politiques ou sociaux qui l’ont choisi, en théorie du moins. L’exemple qui vient à l’esprit est celui de la cour suprême aux USA. Dans ce second cas, la valeur de la monnaie sera fondée sur le fait que la monnaie est un bien commun dont la valeur est constitutionnellement protégée des envahissements étatiques par une assemblée d’hommes sages que pas un politique ne pourrait attaquer sans perdre le pouvoir   La monnaie est donc dans ce cas l’un des rares endroits ou l’Etat ne contrôle rien, et l’Etat ne peut en aucun cas se servir de la monnaie pour arriver aux buts qu’il s’est fixé.

Inutile de souligner que la Bundesbank était le défenseur féroce et sans compromission de la seconde thèse dans le monde moderne Je peux en donner un exemple ici pour illustrer mon propos : lors de la réunification allemande, monsieur Kohl à jugé bon d’échanger un Ost Mark contre Un Deutsch Mark et ce pour des raisons politiques. Cette conversion fit exploser a la hausse la masse monétaire allemande dont a gestion était confiée a la Bundesbank. Le Gouverneur de l’époque,  le légendaire Karl Otto Poehl donna immédiatement sa démission et la Bundesbank pour contrecarrer cette introduction du politique dans sa chasse gardée  maintint pendant 5 ans des taux réels extraordinairement élevés (qui tuèrent l’économie française à l’époque) jusqu’à ce que la masse monétaire gonflée par la conversion soit revenue dans sa piste normale. Tous les politiciens européens se souviennent avec douleur de cet épisode marque par la crise du Sterling et de la Lire, l’effondrement du Crédit Lyonnais et de l’immobilier en France etc..

Il est de notoriété publique que la Bundesbank était fortement opposée à l’Euro et qu’elle ne l’a acceptée que parce que la définition de la monnaie ayant cours légal en Allemagne est de fait un principe régalien.  Mais elle n’a entériné l’Euro qu’à la condition que la BCE ne puisse jamais acheter des obligations d’Etat, c’est-à-dire a la condition que la politique  ne puisse en aucune façon interférer avec la gestion de la monnaie. Promesses d’ivrognes…

A la première crise d’un état européen, la Grèce, la BCE et son Gouverneur, le Français JC Trichet firent comprendre aux autorités politiques allemandes qu’il fallait que l’Allemagne choisisse entre sa conception de la monnaie et la survie de l’Euro, c’est à dire entre la monnaie instrument du politique te la monnaie disciplinant le politique. L’Euro fut choisie, ce qui veut dire que la conception de la monnaie en tant que bien appartenant à l’état vient de remporter sa plus grande victoire , que cette victoire a été entérinée par la démission de monsieur Weber  et qu’il n’y a plus une seule monnaie dans le monde qui ne soit pas la création et la créature d’un Etat ou d’un autre , ce qui va permettre la multiplication des bêtises étatiques. La gouvernante grincheuse qui maintenait les enfants dans le droit chemin vient d’être virée…  au soulagement général des galopins

Mais la Bundesbank n’oublie jamais et ne pardonne jamais, comme toute ma carrière me l’a démontré.

A partir de maintenant l’obsession de la Bundesbank va donc être de mettre des conditions tellement draconiennes au sauvetage des pays sinistrés  que les pouvoirs locaux vont se dire qu’il vaut mieux sortir que rester.

Bref, la Nation Allemande qui vient d’être violée comme rarement dans son histoire récente va sans doute se ranger derrière la bannière de la Bundesbank et peut être le Tribunal Constitutionnel Allemand va-t-il défendre la notion Allemande de la monnaie. De toute façon, la CDU ayant trahie en rase campagne est foutue pour les prochaines élections. Jamais les électeurs allemands ne pardonneront à Mrs Merkel, jamais…

La bataille entre les Eurocrates et la Bundesbank vient donc de commencer et elle sera longue. Je ne donne pas automatiquement la Bundesbank perdante. A departir maintenant, je vais réfléchir à ce que cette guerre larvée veut dire pour les marchés financiers en général, et pour l’Europe en particulier, ce qui veut dire qu’il va falloir que je remette en question bien des a priori que j’ai développé depuis 40 ans.

Compte tenu du temps qui me reste, autant s’y  mettre le plus tôt possible…mais tout remettre en cause, a mon âge…Foutu Euro…

Autant m’y mettre tout de suite

A suivre donc.

 

 

Publicités

A propos IDLibertés

L ‘Institut des Libertés est un think tank indépendant. Constitué sous la forme d’un fonds de dotation (loi du 4 août 2008), l’Institut des Libertés est enregistré auprès de la préfecture de Paris. Notre souhait aujourd’hui au travers de l’Institut des Libertés est de tenter de proposer des pistes de réflexions libérales, sur des sujets aussi vaste que l’Economie, la Finance, les Sciences , la Littérature ou la politique. Sans tenter de professer un catéchisme ni d’influer politiquement, L'institut des Libertés se propose comme une plateforme de parole alternative ou tout un chacun serait libre de venir contribuer institutdeslibertes@gmail.com. Redonner enfin au libéralisme son vrai visage; non pas celui d’une finance sans foi ni loi mais bien celui du siècle des lumières, profondément humaniste et fervent défenseur des libertés individuelles.
Cet article a été publié dans Billets d'humeur. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

26 commentaires pour La démission de Monsieur Weber de la BCE

  1. MENNESSIER dit :

    Cher Monsieur

    Voulez vous dire que pour la France le « coup de tabac » annoncé pour 2015 (lorsqu’il faudra s’adresser aux marchés pour rembourser tout ce que l’on a emprunté en 2008-2009) pourrait se transformer en tempête tropicale?
    Bien cordialement
    CLM

  2. El oso dit :

    Analyse très éclairante, merci.
    J’attends la suite avec le plus grand intérêt.

  3. ERIC dit :

    Cher Monsieur Gave,
    Etant donné que l’espérance de vie augmente régulièrement, vous avez encore une longue vie devant vous.
    Soyez confiant dans l’avenir
    Amicalement.
    ERIC

    • Grégory dit :

      Bonjour Eric,
      Il y a quelques semaines sur ce blog, vous m’aviez informé suite à ma demanche afin de me documenté et m’instruire dans le domaine de l’économie.Vous m’aviez conseillé certaines lectures ainsi que le suivi des interventions de Mr Gave.C’est chose que je fait à l’heure actuelle.Cependant il y a un de vos conseils que je n’ai pas saisi.je vous cite:
       » peut être surtout une recherche de GAVEKAL RESEARCH qui a servit de support de cours dans quelques universités américaines sur la nouvelle forme d’organisation des entreprises « plateformes ». » Ma questions est comment procéder à ces recherches.
      Salutations
      Grégory

  4. Super ton analyse comme d’habitude

  5. je me demande si tu ne devrais pas faire chroniqueur

  6. Bernard dit :

    Bonsoir Monsieur Gave,

    Merci pour cet article éclairant.

    Et si vous parliez de la Grande Bretagne ?

    Cordialement.
    Bernard

  7. Oresme dit :

    Cher concitoyen, cher Charles,

    Si la Chine amasse des dollars pour soutenir ses exportations, l’Allemagne fait de même en bénéficiant d’un pouvoir d’achat accru chez ses clients européens de la zone euro qui bénéficient d’une monnaie d’échange supérieure à ce qu’elle eut dû être sans l’union monétaire.

    Certes la Bundesbank a son dogme, néanmoins, elle sait que le retour du DMark serait une véritable catastrophe pour l’Allemagne, l’économie serait étouffée sous ses déséquilibres structurels.

    Les vrais problèmes sont ailleurs, ils sont en Chine et aux USA où les politiques économiques sont structurellement déséquilibrées… faire porter le chapeau à l’Europe des 27 dans son ensemble est un rideau de fumée, une fuite, un mensonge.

    Pour protéger l’euro, l’Europe doit attaquer de front ces questions à l’OMC (et non au FMI), l’Europe doit dénoncer ces manipulations monétaires comme des aides publiques déguisées contraire au principe du libre échange, c’est le cas en Chine mais aussi aux USA.

    L’Europe doit se doter d’une agence de surveillance des politiques monétaires de ses partenaires et appliquer des taxes de façon discrétionnaire dès lors que telle ou telle zone économique manipule sa monnaie.

    Cheers,

    Orseme

    • Totem dit :

      Cher oresme,

      L’Europe n’est qu’une création des Américains, grâce à Jean Monnet (leur valet) qui voulait « les Etats-Unis d’Europe », en fait l’Europe des Etats-Unis.

      L’Europe en « surveillant »intraitable des agissements de la Chine ou des Etats-Unis, ça me fait donc doucement rigoler.

  8. Nam dit :

    http://www.jpchevallier.com/article-olivier-fluke-et-le-pib-67906703.html

    La comptabilité française (et américaine dans une moindre mesure), et notamment le calcul du PIB, est vraiment exotique :

    1. On ne prend pas en compte la vraie valeur du capital (biens immobiliers par exemple),
    2. Par contre on prend en compte des flux d’argent fictifs (loyers « économisés » par les propriétaires de logement).

    Le calcul du PIB est biaisé, le calcul de l’inflation est biaisé (on ne compte pas le prix d’achat des logements mais seulement les loyers), tout est vraiment biaisé…

    Il faut remonter les taux de toute urgence…

  9. Marshwall dit :

    Pour vendre à l’Amérique , la Chine doit lui acheter ses T-Bonds;
    l’Allemagne doit faire pareil avec les Etats d’Europe pour continuer à trouver des débouchés à sa marchandise.(La majorité du commerce extérieur Allemand se fait avec l’Europe)

    L’Euro permet à l’Allemagne contrairement à la Chine de ne pas jouer à la baisse sur sa monnaie pour exporter.

    De plus ,l’affaire de la dette des pays périphériques de la zone Euro, a permis à la monnaie de celle ci de s’affaiblir au moment où les US ont dégainé leur QE2 ; favorisant ainsi le premier exportateur de la zone.
    Rappelons que les US ont eux aussi leurs pays du Club Med(california)sans parler des
    municipalités en déroute pourtant l’Etat américain se finance sans problème.
    Par contre les banques Francaises et Allemandes pourries de subprimes se refont une santé sur les taux des Pigs dont Trichet assure finalement la garantie,
    au grand dam d’Axel Weber, car Axel il veut un Deutsch Mark fort
    dont personne ne peut acheter les produits et des Landesbank qui continuent
    à placer leur excédents en subprime mieux notées que la Grece ,le Portugal et l’Irlande.

  10. serfix dit :

    Bonsoir,

    J’apprécie vos écrits qui me permettent de poursuivre mes humbles connaissances et aussi sur la situation.

    Etant (aussi) un investisseur qui « ose » (en rapport à mon premier livre Moi, j’ai osé !) relater ses pensées sur un blog, tout en aimant à croire qu’elles aident un tant soit peu l’épargnant, je voudrais pouvoir intervenir ici. Si bien entendu, cela ne pose pas de problème à Mr Gave.

    Dans l’attente de votre accord, je reste.

    Respectueusement,
    Luc van Mulders
    http://serfix.wordpress.com

  11. Bastiat dit :

    Monsieur Charles GAVE,
    Votre livre a rejoint l’étagère de « Ceux qui éclairent » et vous côtoyez Frédérique Bastiat, Hernando de Soto, Alexis de Tocqueville… et quelques autres.
    Votre article m’a particulièrement interpellé car ces derniers jours j’ai eu des mots avec une bande de socialos où je maintenais que la monnaie n’était pas une richesse et n’avait rien de « capitaliste » puisqu’elle était émise et manipulée par l’économie politique, l’économie de marché n’ayant rien à voir là-dedans ; bien que la Bund… ! Subsidiairement et avec compassion j’affirmais que les socialos n’avaient toujours pas compris la différence entre distribution d’argent (généralement encore tout poisseux) et répartition des richesses. Le moment où j’ai annoncé qu’augmenter le SMIC créait des chômeurs… alors là !
    Votre chronique tombe à point nommé.
    Bien cordialement

  12. et qu’il n’y a plus une seule monnaie dans le monde qui ne soit pas la création et la créature d’un Etat ou d’un autre , ce qui va permettre la multiplication des bêtises étatiques. La gouvernante grincheuse qui maintenait les enfants dans le droit chemin vient d’être virée… au soulagement général des galopins

    Parailleurs, on a pu lire :

    Par la, il voulait dire bien sur que le rôle d’une banque centrale était de freiner quand l’économie accélérait et d’accélérer quand l’économie freinait.

    Il faudrait donc qu’il y a résistance… C’est ce que soutien mon ami plus tout jeune Armel Larochelle pour qui la clé de l’univers est ce qu’il appel la résistance universelle qui n’est pas autre chose que le principe d’inertie de Galilée. Note : allez au delà de la présentation de son site qui peut rebuter.

  13. spiritoo dit :

    Article intéressant sur le fait que l’Allemagne, qui dirige de facto l’Europe, n’a pas la même vision de la monnaie que la France. Il est d’ailleurs flagrant que Sarko a vendu certaines de nos entreprises (comme Airbus) aux allemands, en échange de pouvoir imposer la politique monétaire à la française à toute l’Europe, et de pouvoir se vanter d’avoir « sauvé l’euro ».
    Ceci dit, personnellement, je tiens la conception « de la BCE » tout autant que « celle de la Bundesbank » tout aussi erronées. Car, je suis partisan de l’argent créé et contrôlé par l’état. En quoi le fait que l’état contrôle l’émission d’argent est il pire que le contrôle par des banquiers ?
    De fait, si on additionne les intérêts payés par la France depuis 1973, on obtient à 5% près la valeur de la dette actuelle. Autrement dit, si le Franc avait été émis par l’état et non par une banque centrale, la dette française serait nulle.
    Depuis Bretton Woods, et encore avant 1913 (création de la fed), quelques banques privées ont le privilège de recevoir les intérêts de la dette. Cet abandon de souveraineté a été fait en échange de rien du tout. Alors présenter la situation de la BCE comme « un horrible contrôle de l’horrible état » est une vision purement libérale. Certes, Trichet est un pantin de Sarkozy. Au niveau politique. Mais au niveau de l’argent, des intérêts, donc de là ou est le vrai pouvoir..la BCE est indépendante.
    Ces essais de Sarkozy de contrôler la BCE ne sont que les sursauts désespérés d’un pays au bord de la faillite, qui cherche à éviter la banqueroute.
    Pour le coup, en soutenant la position de la Bundesbank, vous ne faites qu’accélérer l’explosion des états, voulue par les apôtres du « nouvel ordre mondial » pour imposer sur la ruine des pays ruinés, une dictature mondiale de l’ONU (via des états unis de chaque continent). Est ce bien ce que vous voulez ??

  14. Cher Monsieur
    Je ne pense pas que la disparition des etats soit a l’ordre du jour, le probleme me semble plutot etre leur hypertrophie.
    Aujourd;hui l’Etat Francais represente a peu pres 65 % du PNB record mondial
    Faisant tout, il fait tout mal et surtout son metier d’etat, comme on le voit tous les jours dans la securite, la diplomatie, l’armee (exsangue) et la justice
    L’empecher d’emprunter ou e faire marcher la planche a billets est la seule facon d’empecher le social clientelisme et de ramener l’etat dans ses fonctions regaliennes
    Je suis et j’ai toujours ete pour que chaque etat ait sa propre monnaie en concurrence libre avec les autres monnaies.
    Si la monnaie francaise est mal geree , je veux pouvoir mettre mon epargne dans une autre sans aucune contrainte, ce qui empechera les politiques de faire n’importe quoi
    A mon avis, si ces problemes vous interessent, vous devriez lire mes livres en particulier liberal mais non coupable et un liberal nomme jesus ou je m’explique longuement sur la nature de la monnaie et sa realtion avec la creation de valeur
    Revenez ensuite avec des questions, je serai ravi d’y repondre
    Amicalement
    Charles Gave

    • Grégory dit :

      Bonjour Mr Gave,
      Vous dites que si une monnaie est mal gérée, on doit pouvoir mettre son epargne dans une autres monnaie sans contraintes.
      Est il possible pour un français de mettre son épargne dans une autre monnaie(chf ou $ par exemple)?Sans résider dans ces pays.
      Merci salutations
      Grégory

  15. Ludosan dit :

    Puis-je me permettre de reformuler vôtre « dilemme », avec mes connaissances isssues… quasiment exclusivement de vos livres (notamment « Les Lions.. ») ?
    Vous étiez, je crois, plus proche de la première vision de la monnaie. Pour une raison évidente: de par le jeu sur les taux directeurs – ergo sur la masse monétaire – la Banque Centrale peut donner un coup de fouet à l’économie (au risque de bulles spéculatives… mais ceci est un autre débat) ou, inversement, la ralentir (avec, à la clé, faillites, chômage, etc.). Quoi qu’il en soit, ceci représente d’abord et avant tout un pouvoir POLITIQUE énorme.
    Par conséquent, est-il légitime de confier un pouvoir politique ( de premier ordre, je répéte!) à des gens n’ayant même pas la légitimité du suffrage populaire ? (cas des Banques Centrales indépendantes). De par vôtre exemple du geste de Mr Kohl en 1989, la réthorique était claire: non !
    Celà étant, vous aviez, dans le même livre, à peine évoqué la raison pour laquelle le concept de Banque Centrale INDEPENDANTE (du moins, dans le cas de la Bundesbank) avait été crée: pour empêcher à ce que cet instrument ne serve aussi à de mauvaises politiques (cas du nazisme).
    Vous voilà donc à nouveau devant ce dilemme: vaut-il mieux une Banque Centrale indépendante (avec tout le problème de légitimité démocratique de ses décisions) ou bien une Banque Centrale qui ne nie pas sa nature d’instrument POLITIQUE et, par conséquent, repond aux besoins politiques? Avec le risque inhérent: ça pourra servir aussi bien à de « bonnes » qu’à de « mauvaises » politiques .
    Merde, pas facile de trancher !

    Solutions possibles:
    – on admet qu’il n’y a pas de solution miracle, exempte de défauts. Par conséquent, que cela nous plaise ou pas, le combat dans l’arène POLITIQUE reste toujours un impératif prioritaire. Ca parait la conclusion la plus « réaliste ».
    – remettre en cause le principe de monopole de création de monnaie par une quelconque Banque Centrale (à ce que j’ai cru comprendre, cette thèse se rapprocherait de « l’école viennoise »… mais je n’ai pas assez de connaissances à ce sujet). Car vôtre dilemme concerne uniquement QUI va détenir ce pouvoir MONOPOLISTIQUE de création de monnaie. La logique libérale voudrait qu’on se pose aussi la question en amont: est-il nécessaire et utile à ce que la création de monnaie soit une activité soustraite à la logique de libérté de marché ?

    Merci de corriger si ma « reformulation du dilemme » est erronée.

    • Cher ami
      Embetant d’avoir des lecteurs aussi competents, mais vous avez parfaitement raison
      Pendant longtemps, j’ai ete un partisan de la monnaie en tant qu’outil etatique, en pensant que la concurrence entre les monnaies reglerait tous les problemes
      C’est la crise de 2008-2009 qui etait avant tout une crise « de la monnaie » (voir liberal mais non coupable) et de ce qu’elle est « en essence » qui m’a fait reflechir et changer d’opinion
      La concurrence n’est en effet pas suffisante si toutes les banques centrales font la meme erreur en meme temps.
      La seule facon d’avoir une vraie concurrence, c’est que cette concurrence commence au niveau meme du concept, ce qu’assurait l;’existence de la Bundesbank
      Merci d’avoir mis en lumiere ce qui pourrait apparaitre comme une contradiction et qui n’est en fait qu’une evolution dans la comprehension que je crois avoir de ces phenomenes.
      Amicalement
      CG

      • Ludosan dit :

        :)))
        Cessez de dire que suis compétent: vaniteux comme je suis, je risque de finir par le croire!

  16. Nam dit :

    Ludosan, les banques centrales indépendantes ont parfois donné le meilleur: Alan Greenspan, Paul Volcker, tandis que les banques centrales non-indépendantes ont toujours donné le pire. Seule une banque centrale indépendante peut avoir le courage de monter les taux d’intérets aussi hauts que nécessaire (le politicien étant toujours concentré sur le court terme).

    C’est une réponse empirique qui vaut ce qu’elle vaut…

  17. Ludosan dit :

    Donc… » la Banque centrale INDEPENDANTE est la pire des solutions, à l’exception de toutes les autres ? » Ok.

    Alors le dilemme de Mr Gave n’est pas de savoir si recherche d’une « troisième voie » il y aura mais:
    1. Qui sortira gagnant de la gueguerre qu’il prévoit ? Aparament il ne donne pas la Buba perdante…

    Mais surtout:

    2. Comment se déroulera cette gueguerre ? Combien de temps, combien d’épisodes, quels rebondissements pour émailler ce qu’il annonce comme un « Dallas » dans le paysage politico-financier européen ?

    Tôt ou tard, Mr Gave nous eclairera…

  18. Le Fonds Monétaire International vient de publier son rapport annuel sur les perspectives économiques en Europe, et le moins que l’on puisse dire est que l’avenir paraît bien sombre. Cliquer pour lire un résumé du Rapport du FMI

Les commentaires sont fermés.