L’Europe devant ses choix… Article à paraitre de Charles Gave

Comme certains lecteurs le savent sans doute, j’ai toujours été un robuste “eurosceptique”. Dans mon premier livre, ‘Des Lions menés par des ânes », j’expliquai que l’Euro était un Frankenstein financier, qui allait amener vers trop de maisons en Espagne, trop d’usines en Allemagne et trop de fonctionnaires en France (chacun se spécialisant la ou il a un avantage comparatif).

La réalité à dépassé mes craintes les plus extrêmes. Non seulement mes trois prévisions se sont réalisées, mais en plus nous avons trois Etats Européens en faillite (Grèce, Irlande Portugal) tandis que trois autres vacillent au bord du trou noir de la faillite (Espagne, Italie, France). Devant un tel désastre, la technocratie triomphante et non élue qui l’a organisé pourrait se dire : «  J’ai fait une énorme boulette. Le mieux serait d’arrêter les frais et de ramener les pendules la ou nous étions dans les années 90 en recréant les monnaies nationales et en essayant de limiter les dégâts de la nouvelle période d’ajustement»…Hélas, chacun sait qu’il n’en sera rien…

Comme cette classe technocratique ne brille ni par sa compétence économique, ni par sa connaissance des marchés et qu’elle pense fondamentalement que le politique l’emporte sur l’économique (comme les grands frères en Union Soviétique tant admirés par nos technocrates dans leur jeunesse), la probabilité d’un tel dénouement heureux apparait comme absolument nulle.

Si j’ai une certitude, c’est donc que l’Euro va aller de crises en crises, chacune plus grave que la précédente, jusqu’au jour ou l’économique l’emportera comme toujours sur le politique, comme en Union Soviétique d’ailleurs.

Ce que nous avons donc à décrire aujourd’hui, ce sont les plans que ces braves gens vont suivre pour prolonger l’agonie le plus longtemps possible, au moins jusqu’au moment ou ils auront pris leurs retraites pour servir dans les conseils d’administration des banques mises en faillite par leurs actions et qu’ils auront sauvé avec l’argent des contribuables.

Il y en a deux.

 

Le premier, qui est celui de ceux que de Gaulle appelait « des cabris sautant sur leurs chaises» est de nature Fédérale et peut se résumer en une phrase : « l’Allemagne paiera ».

Outre que cette phrase a déjà été utilisée dans l’histoire sans beaucoup de succès, elle fait fi d’une réalité toute simple : L’Allemagne n’a pas la moindre intention de payer, pas plus d’ailleurs que la Finlande, l’Autriche ou la Hollande. D’après les tenants de cette solution, il faudrait émettre des obligations garanties par tous les pays Européens de concerts. Comme chacun le sait, ou devrait le savoir, donner sa caution à un prodigue est la façon la plus rapide de se ruiner et de l’empêcher de faire des efforts, comme l’Italie du Sud qui vit aux crochets de l’Italie du Nord le démontre depuis cent ans. Bref, ce plan ne pourrait pas marcher dans la réalité et politiquement il est inacceptable pour les pays vertueux : pas de raison que les allemands prennent leurs retraites 68 ans pour permettre aux Grecs de la prendre à 60…

Le deuxième est transformer tous les citoyens européens en  allemands en forçant ces pays à se reformer et en les contraignant à privatiser férocement pour faire reculer la fonction publique partout. Nul doute que si on y arrive, et si tout le monde se met à être vertueux en EuroLand, alors le problème de l’euro est résolu. C’est ce plan que pousse les autorités allemandes en disant qu’elles garantissent « inconditionnellement »  l’Euro, mais que leur soutien à chaque pays est «conditionnel», c’est-à-dire qu’il dépendra de la volonté que chaque pays mettra à se reformer. Comme c’est le seul plan qui bénéficie du soutien de l’Allemagne, c’est celui qui va l’emporter, mais il faut bien se rendre compte qu’il s’agit la d’une perte totale de Souveraineté pour chacun des pays  qui vont devoir s’y soumettre et que tous ces pays rentrent de facto et de jure sous protectorat allemand. Par exemple, nous avons des élections en France dans un peu plus d’un an et il est tout a fait évident que dans la réalité  le pouvoir de décision de ceux qui vont être élus va être circonscrit entre les candidats à la capacité que chacun aura d’obtenir des concessions plus ou moins fortes de Berlin. Voila qui nous ramène quelques années en arrière…

 

Qui plus est, si par hasard le pétrole passait a $ 200 / bb, la politique de déflation à la Laval qui nous sera imposée n’a pour ainsi dire aucune chance d’être couronnée de succès surtout si l’Euro continue a être aussi surévaluée qu’il l’est aujourd’hui…Economiquement et politiquement la réussite est loin d’être assurée.Etant d’un naturel optimiste, je veux croire que ces plans de remise en ordre de nos Etats- qui sont absolument nécessaires vont réussir.

Etant par conviction démocrate, j’aurai préféré qu’ils fussent choisis librement par l’électorat de façon libre comme cela est le cas en Grande Bretagne. Mais il faut bien se rendre compte d’une chose : le délabrement de nos finances publiques est tel que le choix réel est entre un plan imposé par l’Allemagne dans le cadre institutionnel de l’Europe, ou un plan imposé par le FMI d’ici deux ans a notre pauvre pays. Dans tous les cas de figure, nous perdons notre Souveraineté, mais au fond de moi-même et parce que j’aime passionnément mon pays, je préfère et de loin la première solution.

Je n’y crois pas trop, mais j’espère de tout mon cœur que le plan allemand va marcher…

 

 

 

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A propos IDLibertés

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28 commentaires pour L’Europe devant ses choix… Article à paraitre de Charles Gave

  1. Nicolas dit :

    Bonjour Monsieur Gave,
    Merci pour vos notes. La faillite de l’état semble en effet inéluctable. J’espère seulement que nos politiques seront un jour jugés pour leurs actes irresponsables, leur dénie de réalité et mensonges en tous genres.
    Prions pour que l’agonie soit courte car en tous état de causes, il faut s’attendre a des prélèvements (taxes en tous genres) supplémentaires qui seront mis en place dans les années à venir pour »sauver l’état » .
    Cordialement,

  2. CharlesM dit :

    Bonjour Monsieur Gave,

    Finalement, dans les deux ou trois prochaines années, nous avons le choix entre une faillite à la grecque ou une accéleration brutale des prelevements fiscaux qui dégradera encore plus notre compétitivité ( ou les deux en même temps) . Pas terrible ! Vivant en France, je crois très peu à un grand soir libéral à court terme.

    Ce qui m’agace et m’inquiète, c’est que face à cette cacophonie, les marchés des changes, supposés avoir toujours raison, se sont pris d’un amour durable pour l’Euro. Ceci marque t’il la victoire de la bundesbank sur le club med et l avènement d un euro germanique fort, ou est-ce juste le fait d arbitrages de taux d’ interet?

    Encore Merci pour tout ce que vous partagez sur ce blog,

    Cordialement

  3. BA dit :

    Il n’y a pas que l’Etat français à être en faillite.

    Jeudi 31 mars 2011 :

    Les investisseurs internationaux n’ont plus aucune confiance dans la capacité de l’Etat portugais à rembourser ses dettes. Les obligations de l’Etat portugais sont en train de battre des records historiques.

    Portugal : taux des obligations à 2 ans : 8,777 %.

    Portugal : taux des obligations à 5 ans : 9,616 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT5YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 8,408 %.

    • ratel dit :

      bonsoir.
      BA vos post répétitifs sur les taux sur tous les sites (jp chev,C Gave,…) sont pénibles à force.les gens qui viennent sur ces forum sont à même de connaitre l’évolution des taux.Sans méchanceté aucune.

    • Desmeuzes dit :

      Merci pour vos infos de premier ordre et qui permettent de savoir où en est la catastrophe !

      Amicalement.
      Marc

  4. Bastiat dit :

    Bonjour,
    Un supplément intéressant de 53 pages dans Usine Nouvelle N° 3233 du 31 mars « spécial France-Allemagne ».
    Roland Tichy rédac-chef de WirtschaftsWoche :
    « Tous les autres pays de la zone euro bénéficient de la monnaie unique ; tous doivent également assumer leurs responsabilités. » C’est clair.

  5. Oresme dit :

    Cher Concitoyen, cher Charles,

    Je vois un troisième scenario, il me semble le plus probable, l’Irlande et la Grèce vont sortir de l’euro et implémenter des politiques de parités avec l’euro sur une base dévaluée de 30% environ tout en jurant que c’est transitoire, que d’ici 10 ans, ils reviennent dans l’eurozone.

    En parallèle de cela, les pays restant de l’eurozone vont mettre en place un système de « peer review » de leurs comptabilités respectives et l’euro va ainsi traverser la crise et les attaques de Wall Street.

    Vous savez comme moi que les problèmes de chomage en Europe datent des années 70, bien avant l’euro, bien avant le serpend monétaire, l’euro n’est en rien responsable de ce chomage chronique.

    Sans être la monnaie idéale, l’euro est une monnaie qui rend bien des services qui ne limitent pas véritablement la croissance ou la prospérité. C’est l’OMC qu’il faut attaquer et mettre en lumière, elle ne joue pas son rôle car le commerce est aucunement équitable, ouvert ou loyal, le dollar et le yuan sont des monnaies manipulées, des subventions publiques masquées, voilà la causeN°1 du chomage en Europe aujourd’hui.

    Cheers,

    Oresme

    • Mon cher Oresme
      Il n’ y a aucun chomage en Suede, au Danemark au Canada ou a Singapour
      Nous avons trois pays europeens en faillite et ce n’est que le resultat de la manipulation des 2 prix les plus importants, le taux d’interet et le taux de change par l’intermediaire de l’Euro
      Les facteurs que vous mentionnez sont tout a fait reels, mais il faut se souvenir que on nous avait vendu l’euro en precisant qu’il allit noous proteger comme la ligne Maginot etait censee nous proteger. On voit tous les jours le resultat
      Quand vous creez des ‘faux prix  » et/ou des « faux droits « , comme le disait Rueff, l’economie se venge toujours
      Si la Grece et l’Irlande sortent de l’euro les systems bancaires francais et allemand sautent et tous no systemes de retraite avec
      Faudra bosser jusqu’ a notre mort
      Amicalement

      • Oresme dit :

        Cher Mr Gave,

        Je vais à l’essentiel….aucun chomage en Suède, Danemark et Canada ? bien entendu que les pays mal gérés ont saisi l’occasion de l’euro pour recouvrir une crédibilité à bon compte et redevenir par magie de bons emprunteurs…. cela ne change en rien au fait que leurs problèmes de chomage sont bel et bien antérieurs à l’euro. D’autre part, sans l’euro, ces pays seraient sous la coupe du FMI à ce jour tant la crise financière aurait eu sur eux le même effet que le Tsunami du 11 mars sur Sendaï…. le terme « under water » me venant naturellement à l’esprit pour ces pays.

        Je mets de coté l’argument « on nous avait dit que… ».. je le laisse à une certaine gauche pleurnicheuse et je devine que vous me rejoignez volontiers sur ce point.

        Les « faux prix » et « faux droits » que vous évoquez existent bel et bien, ils sont d’ailleurs les fondements en quelques sortes de la crise actuelle…mas attention, ils sont bien plus en Chine (faux prix) et aux USA (faux droits) aujourd’hui qu’en Europe, pourquoi se focaliser sur l’euro ? où est l’intégrité de ces raisonnements ?

        Le système bancaire traversera la sortie de la Grèce et de l’Irlande comme les USA ont traversé la faillite de leur système bancaire, le moment venu, le refinancement sera là, sans limite et en quelques secondes. W Bush a signé un executive order de 600 milliards de dollars en obéissant au doigt et à l’oeil le moment venu.. il a juste dit « faudra un jour qu’on m’explique comment et cetera… », petite phrase qui en dit long sur la véritable répartition du pouvoir aux USA.

        Non seulement la Grèce et l’Irlande vont quitter la zone euro, mais la Fed va remettre en place l’étalon or.

        Bonne journée !

        Oresme

      • Cher monsieur,

        Aucun de ces pays n’est dans l’euro :-))

        CG

  6. Alexandre dit :

    Les dépôts des banques sont bien investis pour part dans des obligations d’Etats; à hauteur de 30% des dépôts ?

    S’il y a un crack obligataire, on perd donc 30% des dépôts ?

    • Alexandre dit :

      Les gérants peuvent se couvrir contre le risque d’inflation.

      Pour payer la dette par l’inflation une Marine le Pen ou un extrême gauche répondraient certainement qu’il suffirait d’interdire les produits du couverture…

      Mais alors, sait-on combien d’agents industriels ou que l’on peut à tord qualifier d’agents de l’économie dite réelle, utilisent ces produits et seraient ainsi pénalisés par cette interdiction (interdiction d’ailleurs en partie impossible, mais même avec des fuites l’Etat soviétique pourrait s’y essayer…) ?

      Combien de PME, d’industriels, de fonds non obligataires se couvrent contre le risque d’inflation ?

      Après tout l’Allemagne a interdit les ventes à découvert… ce scénario n’est donc pas même impossible et au point où nous en sommes, tout doit être envisagé, même une remise en cause profonde du cadre réglementaire commun… !

      • Alexandre dit :

        Pourquoi des monnaies privées ne joueraient-elles pas la fonction d’étalon ?

        Des monnaies privées pourraient fonctionner selon de multiples systèmes (non thésaurisable, monnaie fondante, monnaie créditiste « école de pensée d’avant FED et du Canada », à étalon or, à étalon heure de travail etc.) en plus des monnaies fiduciaires des zones économiques optimales (USD etc.) et en plus des monnaies or des zones économiques optimales.

        Une concurrence non pas entre les monnaies, mais entre les différents types de systèmes de monnaies, ferait naturellement émerger le système le plus efficient, ou alors, chaque agent de l’économie utiliserait la monnaie qui répond le mieux à son besoin selon qu’il désire consommer dans l’instant (monnaie fondante), qu’il désire épargner ou qu’il désire emprunter…

        Qu’est ce que devrait être la monnaie ?

        Un titre de propriété, au porteur, exerçable sans échéance.

        Lorsque vous avez un titre de propriété sur une maison, lorsque l’Etat fait défaut ou entre en guerre, vous ne perdez pas le titre sur votre maison ou on ne vient pas occuper des pièces de votre maison à mesure qu’il y a de l’inflation !

        La monnaie devrait être la même chose, un titre de propriété aussi solide, comment y parvenir autrement que par la concurrence entre de multiples systèmes de monnaies privées encouragées, sans suppression pour autant des monnaies d’Etats fiduciaires et or ?

        En Suisse 10% des entreprises utilisent des chèques qui ressemblent de plus en plus à une monnaie privée, il y a plusieurs firmes qui proposent mêmes ces modèles…

  7. de Kerdrel dit :

    Monsieur Gave,

    Votre article « l’Europe devant ses choix…m’amène à vous poser une question:

    On remarque en ce moment une avancée significative de la Chine qui rachète des obligations d’États. Quel rôle peut-elle jouer en Europe ?

    Cordialement

    Ronan de Kerdrel

  8. Gilles dit :

    Bonjour M. Gave,
    Je rejoins le point de vue de CharlesM, ci-dessous.
    Toute votre analyse et explication semble tellement juste et limpide.
    Cependant, comment expliquez-vous que le marché des changes ne réagisse pas à cela et conserve l’euro si fort par rapport à d’autres monnaies comme par exemple la couronne Suédoise que vous aimez particulièrement. Faut-il garder ses devises étrangères?
    N’est-ce pas le propre des marchés d’être incompréhensible, comme une sorte de fatalité ou personne ne se repère même avec un bon guide?
    Cordialement,
    Gilles

  9. ungars dit :

    Alors, c’est la guerre contre ces pays ? L’ONU va envoyer la troupe contre ces mauvais pays qui n’ont pas choisis LA bonne voie ? A quand le déclassement des USA ?

    • BA dit :

      Mais non ! Ce n’est pas la guerre contre ces pays ! C’est la guerre des 17 Etats membres de la zone euro CONTRE LE MONDE REEL.

      Autrement dit : les Etats européens ne peuvent pas avoir la même monnaie. Ils ont tenté l’expérience. Maintenant, ils vont redescendre dans LE MONDE REEL.

      L’atterrissage sera brutal.

  10. ungars dit :

    Disons alors la guerre d’une élite contre d’autres élites, parce que franchement, beaucoup de gens ordinaires avaient bien compris qu’une monnaie unique dans un environnement complètement hétérogène que l’Europe actuelle, ça ne pouvait pas marcher…En attendant, ce ne sont pas les élites qui vont payer, mais le reste des peuples, une fois de plus. Nous sommes un peu de la chaire à canon, pour ces financiers doctrinaires et autoritaires, prêts à tout pour mettre en oeuvre leur idée de psychotiques : l’EURO !

  11. Guy dit :

    C’est bien beau toutes ces belles théories sur l’effondrement de l’Euro, mais pendant ce temps la monnaie unique reste d’une insolente vigueur sur le marché des devises, et ce malgré les mauvaises nouvelles du coté du Portugal, Irlande, Grèce,…..
    On dirait qu’il suffit à la BCE de relever ses taux directeurs d’un poil pour que les marchés soient soulagés?
    Alors M. Gaves avec tout l’énorme respect que j’ai pour vous, vos ouvrages et votre pédagogie, pouvez-vous éclairer ma lanterne?
    Guy

    • Oresme dit :

      Cher Guy,

      Je me permets de répondre à votre excellente question, je crois qu’il faut bien comprendre la structure de l’euro pour y voir clair.

      Les investisseurs achètent des emprunts en euros mais avec des contreparties nationales, il y a les emprunts Français, Allemands, Belge, Luxebourgeois, Hollandais… la liste est longue, 17 signatures… 17 contre parties ayant chacune un profil bien précis. Le cours de l’euro est la résultante de chacune de ces signatures pondérée du poids de l’économie en question, bref, l’euro n’a aucune raison de baisser car les risques de défaut sur les grandes économies européennes restent ultra faible, plus faible que le risque équivalent aux USA.

      Vous voyez donc un paradoxe apparaitre, toute la presse dénigre l’euro et celui-ci se porte correctement. L’explication est simple, la crise est politique et ce sont les USA qui sont arrivés au bout de la corde, qui sont face au mur et doivent faire des choix. Le fait de dénigrer l’Europe, de l’attaquer sans relâche via Wall Street permet de gagner du temps pour les USA, la stigmatisation de l’euro est proportionnelle à la profondeur du trou dans lequel se trouve les USA.

      La Fed et la BCE sont deux architectures différentes soumises au mêmes pressions, c’est un bras de fer entre eux, la BCE a augmenté ses taux directeurs hier, c’est une provocation à destination de la Fed, cette dernière est divisée, elle n’arrive plus à faire croire que ses opérations non conventionnelles seront stérilisées…. lorsque Bernanke parle de burst d’inflation, personne ne le croit. Ce qui se prépare aux USA est tout bonnement terrible, les institutions craquent de partout, les européens le savent et n’ont aucune raison de céder, bien au contraire.

      Les gros opérateurs, ceux qui font bouger les marchés quittent le navire, Bill Gross n’a pas caché qu’il s’était écarté du risque dollar, il n’est pas le seul.

      Le dollar est surévalué (faux droit) et le yuan est sousévalué (faux prix), l’euro avec son mandat de stabilité est un empécheur de tourner en rond pour ces manipulateurs de monnaies.. or la manipulation monétaire est le levier de rêve pour plumer les masses et ainsi, le message de l’Europe est politique, il consiste à dire « faisons face aux réalités de l’économie sociale » au lieu de chercher sans cesse à la fuir, de crise en crise.

      Cheers,

      Oresme

      • Francis dit :

        Cher Oresme,

        Je vous trouve bien sévère avec les USA et bien optimiste avec les pays de la zone euro, en particulier la France. Si les deux pays ont un rapport dette/PIB à peu près équivalent, aux USA au moins a été officiellement lancé un débat frontal sur la réduction de cet endettement. Avez-vous entendu nos gouvernants mettre ce sujet comme une priorité du prochain quinquennat? À un an des élections, on en est au contraire entré dans une course aux propositions de nouvelles distributions. En Europe, on fait peut-être face aux réalités sociales, mais en France avec des prélèvements obligatoires à pratiquement 46% du PIB, on n’a pas l’air de faire face aux réalités tout court.

    • Cher Monsieur
      Absolument d’accord avec vous
      Je vous dois des explications
      Je vous reponds donc dans l’article que je publie cette semaine dans Investir et qui va etre mis sur le site incessament et sous peu
      http://lafaillitedeletat.com/2011/04/08/indispensable-modestie-article-a-paraitre-de-charles-gave/

      Amicalement
      cg

  12. Binitials dit :

    Bonjour M. Gave.

    Quel est la teneur du plan allemand ???? Je n’arrive pas à avoir de vision clair sur ce qui est proposé par l’Europe pour sauver les pays de l’Euro en difficulté. Ou du moins rien qui dans les chiffres à ce stade ne permette d’envisager quelque chose qui soit à la hauteur ne serait-ce que d’un sauvetage de la seule Espagne.

    Des quelques lignes que j’ai pu lire sur le dernier sommet Européen, il semble que l’Europe demande un retour progressif à la règle des 3% de déficit.

    J’ai plutôt le sentiment (peut-être erronné) que l’Euro est assez impuissante. Avez vous des sources internet qui permette d’appréhender la sauce à laquelle nous allons être mangés ?

    cdt,

    Binitials

  13. Cher Monsieur
    Le plan Allemand est assez simple.
    Forcer les pays trop endettes a suivre des reformes tres dures pour faire baisser le poids de l’etat dans l’economie en garantissant que ceux qui feront les efforst necessaires seront soutenus par l’Allemagne au travers des mecanismes communautaires mis en place
    Grosso modo, cela veut dire un protectorat financier Allemand sur le reste des pays europeens, la carotte etant le soutien total de l’Allemagne a l’euro
    le but est que les mille milliards d’euro que l’Allemagne detient en creances sur les autres pays europeens ne soeint pas devalues, ce qui mettrait en faillite le systeme bancaire Allemand
    Je vois res bien ou est l’interet des allemands, j’ai du mal a voir ou est l’interet des Irlandais et des Grecs
    Mais bien sur, je suis un vieil eurosceptique
    Amicalement

  14. Guy dit :

    Grand merci à Oresme et M. Gave (dans son nouvel article) pour vos réponses très claires à mes interrogations.

  15. Francis dit :

    Bonjour M. Gave,

    Je m’associe aux très nombreux lecteurs qui ont trouvé votre dernier livre excellent, c’est un véritable page-turner comme on dirait là-bas.
    Une question cependant: comment réconciliez-vous le fait de voir dans l’économie « communiste » la source de tous les maux et le fait de citer la Suède comme un exemple à suivre? Vous prenez comme critère la valeur ajoutée de la dite économie « communiste » dans l’économie, j’ignore son poids en Suède, mais si on considère comme critère le niveau des prélèvements obligatoires, la Suède doit être côte à côte avec la France. Quid?
    Bien cordialement

  16. petitrader dit :

    J’ai écrit ceci sur un Blog d’un ami investisseur et qui fait de l’analyse macro-économique et vous trouve trop dogmatique M.Gave, après qu’un participant ait mis votre conférence à Normal Sup. J’ai répondu ceci après avoir lu l’article de Marc Fiorentino paru dans La Tribune ce lundi 23 mai, page 27 intitulé :

    L’Allemagne : le sentiment de puissance

    Et lorsque je l’ai revue (votre conférence à Normal Sup) m’est revenu en mémoire l’article de Marc Fiorentino dans le quotidien financier La Tribune de ce lundi page 27.
    Longs extraits :

    L’Allemagne sort du tunnel. Un tunnel de près de vingt ans. Le tunnel de la réunification suivie de la crise financière. Vingt ans d’efforts, vingt ans de sacrifices, vingt ans où, contrairement à la France, personne n’a réclamé de hausse des dépenses publiques ou des salaires tant que les caisses étaient vides. (…)

    Les résultats sont tout simplement bluffants. Une croissance au premier trimestre de 1,5% par rapport au trimestre précédent mais de 5,2% par rapport à l’année précédente. Bien au-delà des prévisions les plus optimistes. Une croissance tirée par TOUS les moteurs de l’économie (…) Hausse des salaires et baisse d’impôts…le rêve !

    J’ai cependant un petit souci. J’aime l’Allemagne quand elle est dans le consensus et dans l’efficacité, dans l’effort et dans le réalisme, parfois un peu austère. Mais on sent le vent tourner. L’Allemagne commence à être grisée par ses succès et à jouer un jeu dangereux au sein de l’Europe. Donner des leçons. IMPOSER SON modèle. Et devenir un peu méprisante.

    Lors d’une réunion politique de son parti, certes en grandes difficultés et à la pêche aux voix, la chancelière Angela Merkel a mené une charge violente :

    « Il faudrait que, en Grèce, en Espagne ou au Portugal, on ne parte pas plus tôt qu’en Allemagne… Nous ne pouvons pas avoir une MONNAIE COMMUNE (l’euro) ET certains avoir beaucoup de vacances et d’autres trop peu… »
    Elle n’a pas cité la France mais la France était visée AUSSI (…)

    Le train à grande vitesse allemand est sorti du tunnel. L’Allemagne a repris le LEADERSHIP économique de l’Europe. (…) Espérons qu’elle l’exercera avec pondération, malgré les enjeux électoraux.

    Fin de l’article.

    Intéressant tout de même !

    Quand au reproche que l’on a fait à Charles Gave de citer ses générations précédentes, je ne vois pas où est le problème quand tant de souffrance cela a généré.
    Deux invasions guerrières de l’Allemagne, non pas il y a 500 ans mais en l’espace d’un siècle, avec tout le fleuve de sang que cela a charrié, il n’est pas inutile de le rappeler.

    Nous ne sommes plus dans la réconciliation De Gaulle-Adenauer, la crise économique est passée par là et la France et le reste de l’Europe sont soumis aux désidératas de l’Allemagne :
    vont-ils payer ou ne vont-ils pas payer, etc..

    Dans une amitié en général, et entre les peuples aussi, il y faut une certaine égalité, c’est très précisément l’EFFET PERVERS de l’EURO. La Grèce ne peut pas dévaluer, les autres pays non plus, etc…

    Amicalement et bonne nuit !
    Marc

  17. Cher Monsieur
    Merci beaucoup de maintenir le dialogue
    Amicalement
    cg

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