La monnaie et le social Clientélisme

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Commençons par deux petits rappels dans les acquis:

  • Le Social Clientélisme est ce régime politique qui se maintient au pouvoir en achetant les voix des électeurs  grâce à des emprunts qui seront remboursés par leurs enfants ou leurs petits- enfants. Il ne s’agit en aucune façon d’un régime démocratique puisque la Démocratie se définit par le vote des impôts et que nos enfants ou petits enfants qui ne sont pas encore nés et ne peuvent  donc certainement pas voter sur des prélèvements dont ils ne sauraient être l’objet. (Pour de plus amples explications, voir « l’Etat est mort vive l’état »  François Bourin éditeur Nov 2010).
  • Rip Van Winkle , est cet homme qui partit un  beau jour d’été 1810 de chez lui dans l’Etat de New-York, s’endormit à l’ombre d’un arbre et se réveilla… trente ans après pour trouver  son épouse  décédée, ce qui ne le chagrina guère car elle était fort désagréable, mais ce qui lui permit de finir ses jours tranquillement chez sa fille qui ne crut jamais trop à son histoire….

Ex1=Imaginons que notre Rip Van Winkle se soit endormi en France en 1789 (et non pas aux USA en 1810) et qu’il se soit réveillé en 1820. Plus rien de ce qui faisait le Royaume de France n’existait, la Révolution Française étant passée par là. Et donc il aurait eu bien du mal à s’adapter

Ex2=Imaginons que notre Rip se soit endormi plutôt en 1889, quelque part en Europe. S’il se réveille en 1920, alors là, le monde a vraiment changé.  L’Empire Austro Hongrois n’existe plus, la Russie s’est transformée en Union Soviétique, le Japon est la première puissance Asiatique, les USA  sont en train de devenir la première puissance industrielle, l’Allemagne en pleine déconfiture est ruinée et est devenue une République, la Pologne est de retour…

Ex3=Enfin, supposons que notre héros se soit endormi cette fois en 1989.Nous ne sommes pas au bout de son sommeil, mais déjà l’Union Soviétique a disparu, la Chine est devenue capitaliste, l’Allemagne s’est réunifiée,  la Tchequo-Slovaquie n’existe plus, la Lituanie est redevenue un pays indépendant avec les autres pays Baltes, le Moyen Orient est en plein bouleversement, les monnaies nationales ont disparu en Europe un peu partout et la moitié de l’Europe, celle du Sud, est en faillite .

En fait, il semble bien que la durée de vie de la plupart des institutions humaines depuis l’émergence du capitalisme et de la Révolution Industrielle soit d’environ 70 ans.Au bout de 70  ans, les Institutions deviennent tellement rigides et inflexibles qu’il n’y a pas d’autre solution que leurs disparitions, en général dans des convulsions extraordinaires. Et ici, je vais me livrer à une petite analyse sociologique, tout à fait Marxiste

Pour Marx, l’infrastructure  économique détermine toujours la superstructure politique.Par la, il veut dire que le mode de production génère à terme une structure politique qui lui est favorable.Notre organisation politique actuelle vient de la Révolution Industrielle qui organisait les activités humaines en immenses rassemblements structurés en forme de « pyramides”. Au sommet « le chef » donnant des « ordres » à  sa hiérarchie, laquelle les fait descendre vers le bas et rien ne remonte du bas vers le haut. C’est le mode organisationnel  des « Konzerns » ou des puissants Trusts Américains ou Anglais et bien sur des Parti Communiste ou Nazi tant le modèle politique se mit à calquer cette forme d’organisation

Le modèle précédent (celui de la fin du XVIII) était fondé sur la possession de la terre par l’aristocratie menant à  la domination de cette dernière dans l’appareil politique et il fut bien entendu détruit par la Révolution Industrielle, pour laisser la place au suivant, le modèle hiérarchique.Lorsque le système économique se « paye » un système politique devenu obsolescent, cela s’appelle une Révolution et de nombreuses structures que chacun croyait immortelles ( ie: la Royauté,  l’Union Soviétique) disparaissent.Et bien, la même chose est en train de se passer.

Le capitalisme est en train de changer à toute allure.

La structure pyramidale d’autrefois, ou la valeur ajoutée était créée par la mise en face de capitaux et de populations immenses est en train d’être remplacée par un système ou la valeur ajoutée est créée par l’invention. L’inventeur remplace le manager, le commando, les lourds escadrons blindés, la Démocratie directe le Parti Unique.

Les nouvelles structures économiques sont « plates » très flexibles, mobiles géographiquement, et très, très difficiles à taxer, au contraire des grandes structures pyramidales d’autrefois.Et pourtant nous continuons à  voir nos systèmes politiques organisés sous forme de pyramides gigantesques qui n’arrivent plus à se financer puisque la matière fiscale s’est organisée pour leur échapper.Il y a donc une contradiction gigantesque entre l’organisation de la Politique et les nouvelles structures  économiques et nous allons donc avoir révolution politique sur révolution politique pour que la politique s’adapte à nouveau à l’économie. Et tout cela est déjà fort visible… (Voir Union Soviétique, Chine, et les déboires actuels de nos finances publiques)

La grande affaire des années qui viennent sera donc : comment allons nous nous débarrasser de ces dinosaures étatiques alors même qu’une majorité de la population vit à  leurs crochets et continuent  à voter pour le maintien de ces structures obsolètes puisque ces monstres ne peuvent plus imposer une valeur ajoutée qui est devenue complètement immatérielle et qui leur échappe?

Dans ma grande naïveté, il y a deux ou trois ans, quand j’ai écrit « l’Etat est mort, vive l’état, » je pensais que les contraintes liées à l’endettement allaient forcer ces pays à reformer leurs Etats, un peu comme la Suède depuis 1992.

Erreur funeste. Les politiques ont  tout simplement pris le contrôle des banques centrales et ces banques centrales ont reçu l’ordre de financer les dettes étatiques en achetant directement les obligations émises par les gouvernements. Plus de différence entre les banques centrales et le Trésor Public, telle est la nouvelle donne. Les Etats ont nationalisé la monnaie.

Je n’ai aucune idée de ce que cela va nous amener à terme, inflation, déflation, protectionnisme, fin de la globalisation, appauvrissement général, ou que sais je d’autre? De cela, personne n’a la moindre idée, et je préfère donc rentrer dans cette période en détenant des actifs émis par le futurs vainqueurs c’est à dire des actions des « sociétés de la connaissance »  plutôt qu’en détenant des actifs qui n’ont aucune contre valeur dans une amélioration du système productif et donc ne « valent » rien, à terme.

Dans la Révolution précédente, il valait mieux être « long » les grands industriels et « short » l’aristocratie terrienne ».Aujourd’hui, à mon humble avis,  il vaut mieux être « long » la connaissance et « short » le Social Clientélisme. Ou pour faire simple: Il faut vendre de la monnaie et acheter du capital (productif).

C.G

Politique  de reprise des Articles  de IDL    

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5 commentaires pour La monnaie et le social Clientélisme

  1. njaisson dit :

    CG dit: Les nouvelles structures économiques sont « plates » très flexibles, mobiles géographiquement, et très, très difficiles à taxer,

    Vous voulez dire sans doute par là que nous vivons dans un système dual avec d’un côté l’économie administrée, celle où travaille le salarié lambda, qui supporte une fiscalité de plus en plus lourde et de l’autre une économie occulte mondialisée profitant de réseaux de financement préférentiels offerts par les organismes financiers et leur canaux de marché vers le secteur financier non réglementé, qui échapperait à la taxation parce que devenu insaisissable à force de dématérialisation.

    En effet ces trente dernières ont vu l’émergence d’entreprises dites plate-formes, c’est-à-dire reconfigurables à volonté en fonction des variables micro et macro qui guident les financiers comme les chefs d’entreprises dans leurs décisions de répartition de leurs actifs productifs qui composent la chaîne de valeur conduisant à la génération d’une valeur ajoutée maximisée en fonction de l’intérêt des actionnaires. Parallèlement ce sont en mis en place des montages de financement faisant appel aux ressources de l’ingénierie financière et juridique dans le montage de véhicules spéciaux sis dans des contrées exotiques (cf. L’affaire Enron qui a visiblement fait école auprès des banquiers) permettant d’élaborer des structures de financement rendues possibles par la libre circulation des flux financiers entre les bourses de l’économie mondiale. Ce sont précisément ces structures entre le secteur réglementé et celui non réglementé (shadow banking system) qui ont permis l’émergence de l’économie virtualisée au gré des décisions prises par les financiers se jouant des lois et des règlements échouant au commun des mortels. Par exemple les groupes bancaires sont passés d’un modèle de type « originate to distribute » à un modèle « originate to securitize » en utilisant les ressources du financement de hors bilan offertes par les hedge funds acheteurs de CDO émis par des SPV. On aboutit ainsi à un système d’esclavage dominé par les multinationales et les banques qui paient des impôts très modiques par rapport à leurs bénéfices, alors que le commun des mortels subit de plein fouet à la fois l’arbitraire des décisions managériales prises en fonction de modèles économiques déconnectés des contraintes de la vie réelle et le cumul des lois innombrables sensées lutter contre les abus du système financier alors qu’elles ne font que perpétuer le système en noyant le poisson dans le marais opaque de la réglementation .

    C’est le bien le vice des financiers que de tenir un double langage fondé sur la préservation des intérêts de leurs déposants forcés, alors qu’ils pratiquent la spoliation à une échelle industrielle par la création de fausse valeur monétaire s’appuyant sur les actifs d’une population dont le patrimoine ne cesse de se réduire sous la charge conjuguée de l’érosion monétaire et de l’inflation fiscale. En fin de compte celui dont la valeur monétaire est issue de son travail est mis systématiquement à rançon par celui qui crée de la monnaie de façon virtuelle dans des proportions telles qu’il peut reconfigurer les marchés à sa guise en actionnant les leviers de gestion qui guident les flux monétaires.

    C’est donc une escroquerie intellectuelle que de laisser croire que le capitalisme s’est réinventée en se fluidifiant ce qui lui permettrait de se jouer des Etats. Le capital n’a jamais autant circulé qu’aujourd’hui grâce par exemple aux outils perfectionnés de trading algorithmique alimenté par la monnaie banque centrale, mais il n’a jamais aussi peu profité aux épargnants comme aux salariés à cause de sa captation par les créateurs de fausse valeur monétaire servant les intérêts exclusifs des oligarques acoquinés à des administrations toutes puissantes, dont les règlements servent à la préservation de leur hégémonie économique et non à la libération du consommateur qui peut faire le deuil de sa qualité de citoyen confisquée par la superstructure politique.

  2. yoananda dit :

    Mr Gave,
    je suis rarement d’accord avec l’ensemble de vos propos car j’ai une approche différente de la votre, mais j’apprécie quand même vos analyses et votre érudition.
    Cependant, ce n’est pas le cas de ce texte.
    Je ne me souviens plus le rythme des cycles de Kondratieff, mais je suppose qu’on peut le rapprocher de votre cycle de 70 ans (apparemment c’est plutôt 60 ans pour Kondratieff).
    Il y a aussi un coté « démographique » a l’affaire, car on est dans un cycle de l’ordre d’une durée de vie humaine, ou bien, de 2 ou 3 générations.
    Je ne sais plus quel scientifique disait (Einstein ?) : une théorie révolutionnaire fini par s’imposer quand tous ses opposants ont fini par mourir. Ou quelque chose dans le style.

    La, c’est un peu pareil : le temps que la nouvelle génération émerge, fasse sa place, et construise son « capital » pour avoir suffisamment d’importance économique pour être représenté par une force politique.

    Le « capitalisme cognitif », ou l’économie de pollinisation, ou la 3ème révolution industrielle (selon les auteurs) est en cours d’avènement en effet, et elle va balayer (a l’horizon 2050 probablement) les structures actuelles.

    La résistance de l’état que vous observez n’est somme tout que la réaction « classique » qu’on peut observer tout au long de l’histoire et qui se manifeste par, entre autre, l’avilissement de la monnaie et le social clientélisme.
    Le déclin de l’empire romain est à ce titre riche d’enseignements. Par exemple, comment le Solidus (monnaie or) a vu son taux d’or progressivement dilué, comment les taxes ont poursuivi les citoyen dissidents jusqu’au confins de l’empire, etc…
    Je suppose (mais je ne l’ai pas étudié en détail) qu’on pourrait voir les même cycles en observant la montée puis le déclin des puissances qui ont dominées le monde : Portugal, remplacé par l’Espagne, puis la Hollande, puis la France, puis l’Angleterre, puis les USA… puis ??? le cyberespace ???
    A chaque fois, une monnaie est dominante, puis fini par être remplacée.

  3. IDLibertés dit :

    Cher Yoananda,

    Nous avons déplace votre question afin qu’elle trouve réponse.
    http://institutdeslibertes.org/la-monnaie-et-le-social-clientelisme/?0=_wpm_redirect

    Amicalement

    IDl

    réponse sur le site

    http://institutdeslibertes.org/edit-comments.php

  4. « Plus de différence entre les banques centrales et le Trésor Public, telle est la nouvelle donne. Les Etats ont nationalisé la monnaie. » Cela ne me choque pas que les états ont nationalisé la monnaie. Car cela veut dire que la monnaie était auparavant « privatisée ». C’est cela que je trouve plutôt choquant. C’est vrai, on ne peut pas faire confiance aux politiciens car ils sont effectivement incliné à emprunter de l’argent pour faire du Social Clientélisme. Une fois que la monnaie est nationalisé, cela peut bien favoriser la planche aux billets et donc de l’inflation. Mais si un pays doit choisir entre l’inflation ou de continuer de s’endetter jusqu’à la rupture auprès des bailleurs de fonds privés (et en donnant le problème aux enfants et petits enfants) je pense que l’inflation est plus honnête. Les politiciens peuvent ensuite maitriser l’inflation avec une réduction des gaspillages de l’état. Quand la masse de monnaie représente honnêtement la valeur du travail effectué, je pense que l’inflation n’est plus au rendez-vous (je ne suis pas économiste, mais cette thèse me semble raisonnable). Je pense qu’il faut pas oublier que avec le Social Clientélisme basé sur des emprunts, qu’il n’y a pas seulement les politiciens qui en ont profité. Ceci a permis au bailleurs de fonds d’amasser des fortunes invraisemblables.
    J’ai quelque part l’impression que avec « Les Etats ont nationalisé la monnaie », il y a des arroseurs qui se trouvent arrosés. Et je ne pense pas qu’il faut s’en plaindre.

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